« 1984 » de George Orwell : nouvelle édition, nouvelle traduction.

Publié en français pour la première fois il y a 70 ans, le célèbre roman de George Orwell vient d’être retraduit… Une belle tentative de restitution de la terreur dans toute son immédiateté.

 

« Big Brother », « novlangue » … Ces mots mythiques de la célèbre dystopie d’Orwell sont passés dans le langage courant. Comment dire que retraduire ce monument de la littérature mondiale, c’est prendre le risque de détruire un texte semi-sacré. Jamais depuis sa première publication en français en 1950, 1984 n’avait bénéficié d’une nouvelle version. Le défi a été pourtant relevé par la traductrice, Josée Kamoun.

L’histoire.

Année 1984 en Océanie. 1984 ? C’est en tout cas ce qu’il semble à Winston, qui ne saurait toutefois en jurer. Le passé a été oblitéré et réinventé, et les événements les plus récents sont susceptibles d’être modifiés. Winston est lui-même chargé de récrire les archives qui contredisent le présent et les promesses de Big Brother. Grâce à une technologie de pointe, ce dernier sait tout, voit tout. Il n’est pas une âme dont il ne puisse connaître les pensées. On ne peut se fier à personne et les enfants sont encore les meilleurs espions qui soient. La plupart des Océaniens n’y voient guère à redire, surtout les plus jeunes qui n’ont pas connu l’époque de leurs grands-parents et le sens initial du mot « libre ». Winston refuse cependant de perdre espoir. Il entame une liaison secrète et hautement dangereuse avec l’insoumise Julia et tous deux vont tenter d’intégrer la Fraternité, une organisation ayant pour but de renverser Big Brother. Mais celui-ci veille…

Et ça change quoi cette nouvelle traduction ?

 

  • Big Brother ne « vous » regarde plus. Maintenant, Big Brother t’observe, te suit, te hante… Le texte passe ainsi à la deuxième personne du singulier. En retirant la distance qu’installe un « vous », impossible désormais de rester insensible à ce terrifiant Big Brother.

  • Le vocabulaire. Si le terme « Big Brother » a été maintenu dans cette nouvelle version, il n’y a plus de « novlangue » (la langue officielle d’Océanie) mais du « néoparler » … On l’avouera, c’est un peu laid. On note d’autres tentatives de renouvellement linguistique, comme par exemple la phrase « Guerre est paix » (War is peace dans la version originale) remplacée par « la paix c’est la guerre ». « Liberté est servitude » (Freedom is slavery) a été préférée à « la liberté c’est l’esclavage ». Quant à la phrase « L’amour c’est la haine » qui était jusqu’à présent dans la version française alors qu’on ne la trouve pas dans la version originale, elle est remplacée par « Ignorance est puissance » qui, elle, existe bien dans la version originale (Ignorance is strength )… Une traduction plus proche, au final.

  • De l’imparfait au présent. En effet, on abandonne la traduction correcte du prétérit et on tourne le récit au présent. Ça peut faire frémir les puristes, mais c’est indéniable : le récit en devient encore plus glaçant.

Mais ça vaut le coup de l’acheter ?

 

Paraît-il que pour faire perdurer un livre, il faut le retraduit tous les 100 ans, à peu près. Même si on ne le dira jamais assez, rien ne vaut une lecture en langue originale, on ne peut pas nier que cette nouvelle traduction offre plus que jamais à ce récit un glaçant reflet de notre époque…

 

  • « 1984 », George Orwell, nouvelle traduction de l’anglais par Josée Kamoun, Collection Du Monde Entier – Gallimard, 384 pages, 21€

 

 

CéGé

 

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