À quand un vrai game de rap français féminin ?

Le terme rap féminin est un oxymore pour certains, un mouvement artistique à part entière pour d’autres, et malgré tout un sujet qui divise. Pourtant, cela serait inconscient de nier l’influence et l’impact des femmes dans le monde du hip-hop et plus particulièrement du rap. Si dans l’hexagone, Diam’s a ouvert la voie au début des années 2000 et a fait bouger toute une génération nan-nan, son retrait de l’industrie il y’a quelques années a laissé un énorme vide. Et pas d’héritière… Pour l’instant.

 

Aux États-Unis, lieu de genèse du hip-hop, de nombreuses artistes féminines ont réussi à imposer leur voix dans le rap au fil des années. De Da Brat à Bahamadia en passant par Foxy Brown, Lil Kim, Lauryn Hill, ou encore Missy Elliott, elles ont réussi à travers leur talent et leur univers à crédibiliser le genre et inspirer toute une génération d’artistes. Mais la France semble avoir plus de difficulté à laisser une place à part entière aux femmes dans le hip-hop. On a beau affirmer que le rap n’est pas une activité exclusive aux hommes, la réalité est telle que nous sommes obligés de constater que les femmes sont peu représentées dans ce domaine. Diam’s a été la seule qui a réussi à s’imposer avec pérennité dans le paysage rap français. Son succès autant critique que commercial l’a propulsé au rang d’icône. D’autres artistes féminines ont joui un moment donné d’une certaine couverture médiatique, mais aucune n’a su faire perdurer sa carrière. Parmi elles, Keny Arkana, Princess Aniès, Lady Laistee, tant de noms qui sonnent familiers  mais qui n’ont pas réussi à laisser une réelle marque dans le rap.

C’est sur internet que la nouvelle génération de rappeuses commence à se faire un nom. À l’instar de Sianna, jeune sénégalaise de 22 ans qui a créé le buzz en 2014 avec ses freestyles Tour du monde. Une autre a tenté de se faire un nom sur la scène du rap féminin francophone ces dernières années. Il s’agit de Shay, ancienne protégée de Booba découverte grâce au morceau Cruella. La jeune belge signe l’un des plus grands succès de 2016 avec le tube PMW, néanmoins son premier album Jolie Garce ne rencontre pas le succès commercial escompté. Pourtant objectivement, son univers artistique ne diffère pas tant de celui d’une Nicki Minaj ou d’une Cardi B. Une image provocante assumée, des thématiques triviales, une personnalité bien trempée. Certains déplorent cependant son « manque de crédibilité », ou son hyper sexualisation. Le constat est simple : une femme qui rappe et qui a confiance en elle, étrangement ça dérange. Étrangement oui, car l’arrogance et le culot sont les essences même du mouvement hip-hop.

 

La nouvelle protégée de Tefa, la rappeuse Chilla, (qui a d’ailleurs un titre nommé Si j’étais un homme comme Princess Aniès) illustre parfaitement cette mentalité dans son morceau Sale chienne :

« J’aurais beau tarter des milliers d’MCs, les femmes ne seraient

bonnes qu’à la vaisselle, chienne ». La misogynie dans le

rap est souvent dénoncée mais rares sont celles qui ont le cran d’aborder le sujet de manière frontale. Chilla met en lumière dans ce titre l’injustice à laquelle sont confrontées les femmes dans ce milieu.

 

 

 

 

 

 

Le rap féminin a son public, mais les talents bien que nombreux peinent à se faire une place en haut de l’affiche. Il semble que le public français ne soit pas encore prêt à passer au-dessus de certains clichés et à laisser aux femmes l’occasion de s’exprimer librement. Elles sont pourtant de plus en plus nombreuses à se lancer dans l’aventure, le réel frein à leur succès étant leur manque cruel de visibilité. Même si certaines plateformes telles que Madame Rap, (le premier média en France dédié aux femmes dans le hip hop) visent à les mettre en avant, ces initiatives restent encore trop rares. L’industrie musicale, en particulier le rap a subi de nombreuses mutations ces dernières années, le genre est en phase d’être totalement revisité. De nouveaux courants et styles ont émergé et ont diversifié le paysage rap francophone.

 

 

 

S’il y a de la place pour que tous ces nouveaux artistes coexistent, il y a forcément de la place pour un vrai game de rap féminin dans l’hexagone. Car oui, il est temps de rendre au rap français féminin ses lettres de noblesse.

 

Eden Kuvula

 

 

 

 

 

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