Pourquoi aller voir Seule sur la plage la nuit ?

Le dernier film du réalisateur coréen Hong Sang-Soo est sorti le 10 janvier. Il évoque toute la complexité des sentiments amoureux et comment le temps les traverse, les érodes, en montrant quelques jours de la vie de Younghee, une actrice ayant arrêté prématurément sa carrière.

 

Mais d’abord, qui est ce Hong Sang-Soo, me direz-vous ? Peu connu en France du grand public (malheureusement seuls quelques cinémas dans les grandes villes diffusent ses films), le cinéaste a tout de même réalisé 25 films en 22 ans (dont trois l’an dernier), ce qui fait de lui un des plus prolifique du cinéma actuel. En même temps, on se doute bien que pour être aussi productif, ses films ne nécessitent pas de grands moyens techniques de type Hollywoodien. Au-delà de ses équipes réduites, Hong Sang-Soo se distingue dans sa manière de travailler. Il débute ses tournages sans scénario, avec seulement en tête le lieu de l’action, et une grossière idée des personnages. Il se lève chaque jour à 4h du matin, bien avant le reste de l’équipe, pour écrire les scènes qui vont être tournées dans la journée, à partir de 10h. Tourné dans l’ordre des scènes, le film se « fait » littéralement au jour le jour, comptant sur les qualités d’improvisation de ses comédiens et techniciens, ayant tout de même peu de temps pour apprendre leur texte.

 

Cela donne des films qui ressassent des thèmes chers à Hong Sang-Soo : souvent le retour dans un lieu connu, rempli de souvenir, d’un ou d’une écrivain(e) ou cinéaste en perte de vitesse. La mise en scène est assez simple. Des longs plans dans les rues ou autour d’une table sur laquelle traînent des bouteilles de bière : les langues se délient toujours plus avec quelques particules d’alcool dans le sang.

 

Seule sur la plage la nuit n’échappe pas à ces règles. Après un séjour à l’étranger, au cours duquel elle a attendu en vain son amant, Younghee (interprétée par Kim Min-hee, femme et muse du cinéaste coréen) retourne dans une petite ville rendre visite à Junhee, une amie de longue date. Là où d’autres misent sur un rythme effréné pour faire monter l’adrénaline du spectateur, Hong Sang-Soo prend le parti de nous emmener dans des lieux où l’on prend le temps. Le temps de se regarder vieillir, mûrir ou même rajeunir, comme le dit Younghee à une vieille connaissance qu’elle retrouve. Le temps de faire face aux vieilles blessures, aux regrets d’une séparation. Certes ce cinéma requiert une attention particulière – il faut tenter au moins une fois l’expérience – car il est essentiellement basé sur ses dialogues, mais si l’on se prend au jeu, on n’en ressort pas indemne et on ne s’ennuie pas du film. C’est dans la simplicité, le dénuement et les silences que les personnalités se révèlent, avec leur fragilité, leurs fissures, leurs contradictions. Les scènes collectives montrent avec justesse ce qui se joue entre les corps dans une discussion où certains prennent l’ascendant sur les autres.

De plus, le film offre une belle réflexion sur ce que c’est d’aimer, d’être aimé et toutes les conséquences que cela engendre.

 

Corentin

 

 

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