« Ma très grande mélancolie arabe. »

Lamia Ziadé, auteure libanaise, explore son Orient natal dans les traumatismes, les déchirements et les stigmates.

 

C’est au Liban que se déroule la longue déambulation de Lamia Ziadé : en voiture, vers Tyr et le Sud Liban, l’ancien camp de Khiam, puis retour à Beyrouth, la place Riad el-Solh, Chatila… Une promenade historique, et aussi politique, dans laquelle l’auteure plonge dans les siècles anciens, mais surtout les temps très récents. Elle construit avec ce roman graphique une longue liste, subjective, engagée, souvent dérangeante, des « martyrs », hommes et femmes, résistants ou terroristes. Simple mais efficace, on peut parfois être simultanément bouleversé, passionné, heurté, troublé ; mais on suit toujours l’auteure dans son itinéraire. Se dégage une grande émotion de ces mille destins tragiques que racontent le livre, l’on ne peut nier la puissance émotive des illustrations et leur façon de faire surgir tout un monde oublié. L’auteure s’efforce par son livre de déconstruire certains clichés:

 

« Cette façon de présenter les choses. L’Occident serait le bien et là-bas un lieu où tout le monde n’a pas la clairvoyance et la tolérance des Occidentaux. Je commençais à en avoir ras-le bol alors j’ai voulu raconter les choses vues de là-bas. »

 

Et pour cette auteure, il était fondamental de s’en tenir aux faits: elle cite donc directement la presse locale afin de mieux transposer dans son livre les évènements tels qu’ils ont été ressentis là-bas et ainsi mieux démontrer que les héros, d’un pays à l’autre, diffèrent… De ce travail titanesque, l’illustratrice prend conscience de beaucoup de choses (et nous invite à y réfléchir) jusqu’à modifier parfois son regard, par exemple sur la façon dont, au Liban, les religions cohabitent : « Il y a encore dix ans, j’en avais assez de ce pays où tout est décidé selon la religion des gens et j’aurais milité pour un Liban laïque. J’en suis revenue ». Bien que parfois critique envers l’Europe et des Etats-Unis au Proche-Orient, l’auteure fait toujours en sorte de ne pas être considérée, à tort, d’anti-occidentalisme, et ne fait que transposer des faits historiques, journalistiques.

 

 

Une femme engagée: Lamia Ziadé.

Née au Liban en 1968, elle a 7 ans lorsque la guerre civile libanaise éclate, en 1975. Elle reste à Beyrouth jusqu’à ses 18 ans, et l’obtention de son bac, malgré le conflit. Elle part ensuite poursuivre des études d’arts graphiques à Paris, tout en revenant régulièrement au Liban, bien que son pays soit enlisé dans la guerre et que la vie y soit difficile. Le conflit israélo-libanais de 2006 et l’invasion du Liban la choquent profondément et la décident à écrire « Bye bye Babylone : Beyrouth 1975-1979 », un roman en textes et en images, sur son enfance et sur la guerre civile entre libanais, conservateurs chrétiens et palestino-progressistes musulmans. En 2015, un autre ouvrage est publié, « Ô nuit, ô mes yeux », mêlant de la même façon textes et images, et consacré cette fois au Caire, de l’entre-deux-guerres aux années 1970.

 

 

 

  • « Ma très grande mélancolie arabe » de Lamia Ziadé, Editions P.O.L, 414 pages, 36 €.

Cégé

 

 

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