CHRONIQUE MOLLY NILSSON OU L’ « INDIE VIBE » À L’ÉTAT PUR x UNE SOIRÉE SUR LA SCÈNE BERLINOISE

 

On peut traquer un artiste adoré, suivre activement sa prochaine tournée et même participer à certaines de ses représentations. On peut savoir sur lesquels de ses morceaux il aura fait des folies et ceux qu’il n’aura pas présenté ce soir là. On peut être attentif à la moindre publication sur les réseaux, et à la moindre critique faite à son égard. En fait, on peut connaître un artiste, ses mots et ses habitudes sans même l’avoir vu sur scène. Molly Nilsson ne fait pas parti de ce groupe d’ultra-connecté et d’enviés. Tu ne connais pas Molly Nilsson. Si l’on devait rendre une personnification à l’expression : être un artiste « indépendant », l’award lui reviendrait… et de loin.

Les réseaux sociaux ne connaissent pas Molly Nilsson, cette suédoise auteure du titre Hey Moon, repris par l’unique John Maus, et expatriée dans la capitale allemande, qui reste un mystère pour beaucoup. En fait, c’est grâce à sa seule biographie consultable en ligne, une page qui lui est dédiée dans la version espagnole de Wikipédia, que j’ai réussi et commencé à entrer dans son monde nostalgique et lumineux, froid et attendrissant… un peu comme Berlin…

BERLIN. 23/05. 20h30. NUIT.

C’est un mois plus tôt que, sans même n’avoir envisagé le voyage, je prenais mon ticket m’invitant tout droit dans la salle du Festsaal à Kreuzberg, où Molly Nilsson avait prévu de jouer. Ce fut d’un automatisme désinvolte. Aujourd’hui j’y suis, après tant de nuits passées, rythmées sur Going Places, à se reconnaître sur chacun des mots choisis par la jolie blonde. Cette fois je l’avais décidé, et j’en fini avec cette phrase qui faisait trembler nos voix plus que les autres paroles « … about the holidays we never take »

La salle est assez grande ; Nilsson nous avouera, plutôt impressionnée, que c’est l’une des plus grandes dans lesquelles elle ait jamais joué. On la croit. Elle est seule sur scène, et ses beats cold-wave résonnent tranquillement depuis la petite boîte à rythme. On ne connait pas son nouvel album qui ne sortira que cinq jours plus tard. Elle commence timidement, plus sobre que je ne l’aurais pensé, imaginée depuis le clip décalé d’Ugly Girl que j’ai pas mal rembobiné ces derniers mois.

Ugly Girl, Molly Nilsson, 2014

Si son univers semble triste et froid, c’est avec beaucoup d’humour que la chanteuse nous fait partager ses angoisses. Entre les deux premières chansons, nous tombons tous amoureux d’une Molly Nilsson comparant la vie à une rage de dents « on a si mal… on a l’impression qu’on va mourir, que le monde entier va s’effondrer. ». Plusieurs anecdotes suivent et c’est le concert le plus interactif et naturel auquel j’ai jamais assisté. Elle nous livre beaucoup, d’une manière incroyablement discrète. On rigole. On l’aime aussi.

Nous découvrons le nouvel album et je suis presque sûre que nous avons tous secrètement souhaité ne jamais quitter cette salle. Memory of Foam, tout comme After Life, est une révélation. Les paroles tranchent toujours autant. Il y a dans cette voix un pouvoir nous permettant merveilleusement de s’identifier à chaque vers, chaque métaphore ansi que chaque beat qu’elle nous offre. Le registre ne change pas vraiment, le ton non plus ; nous n’en attendions pas moins et ne sortons pas déçus. Nous resterons cependant davantage marqués par la personnalité inopinée de la chanteuse que par le nouvel album… et cela suffira à assurer ma présence lors de son prochain passage en France.

 

Je me rappelle maintenant de ce commentaire laissé sous le clip « About Somebody » sorti une semaine plus tôt, l’auteur de la note faisait remarquer la bonne humeur de la Suédoise, ce qu’il qualifiait « d’exceptionnel ». Finalement, je ne crois pas que Molly Nilsson soit quelqu’un de triste. En fait, je pense qu’elle est l’une des artistes la plus épanouie de sa génération. Son secret ? l’indépendance, la vraie.

 Ana

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