De l’amour et du hasard – Joueurs de Marie Monge

Un lundi soir comme un autre, où, rentrant chez moi je passe devant un cinéma du centre de Nantes. Tous les écrans annoncent une séance qui commence dans une heure : l’avant-première de Joueurs, premier film de Marie Monge, en présence de la réalisatrice et de Tahar Rahim, qui interprète un des deux rôles principaux aux côtés de Stacy Martin. Ni une ni deux, je balaye mon programme de la soirée pour m’installer dans une salle obscure remplie aux trois-quarts, ne connaissant du film que le titre, l’affiche et le casting…

 

Ella (Stacy Martin) tient un café dans Paris et recherche un nouveau serveur. Abel (Tahar Rahim) se présente à elle et l’entraîne dans un cercle de jeu. Commence alors une histoire d’amour dévorante, aussi addictive que les jeux d’argents auxquels le couple s’adonne.

L’idée du film vient d’un de ces fameux cercles de jeu, devant lequel Marie Monge passait tout le temps sans y prêter attention, jusqu’à ce qu’une amie lui fasse passer le pas de la porte. Un monde s’ouvre avec des personnalités diverses, qui misent des sommes astronomiques sous couvert d’associations loi 1901. Ayant peu à peu disparus depuis la fin des années 2000 (il n’en reste plus qu’un à Paris, le cercle de Clichy-Montmartre), l’équipe déco a totalement recréé un intérieur de cercle de jeu, qui fascine par son ambiance tamisée, le soin de ses tapis de jeu. La réalisatrice a fréquenté ce cercle avec ses deux acteurs afin qu’ils s’habituent à jouer. Curieusement, Marie Monge raconte que toute l’équipe du film a été prise d’une passion pour les tickets à gratter et autres jeux d’argents pendant le tournage. Il a même fallu que Tahar Rahim se fasse violence et casse sa carte de membre du cercle pour éviter de tomber dans l’addiction.

L’addiction c’est justement ce dont est question le film, établissant un parallèle métaphorique entre l’amour et le jeu. Les deux passions viennent à la fois rapprocher et distendre le couple vers une issue destructive en quelque sorte inéluctable. Nous sommes plongés dans une énergie dès le début du film, avec un découpage rapide et des gros plans des personnages tournés en longue focale, qui dynamisent l’action, tout comme de longs et amples mouvements de caméra. Il s’agit de faire corps avec les personnages, faire avancer l’intrigue par les regards, entrer par le côté brut de l’émotion. Le thème musical vient sublimer le lien qui unit les deux personnages. Tout cela marche un temps, puis commence à tourner en rond, partir dans une direction thriller un peu facile, avec l’apparition un peu grossière d’une sorte de mafia. Abel et Ella sont totalement livrés à leurs sentiments.

Ce qui fonctionne plutôt bien par ailleurs, c’est la volonté de renverser le code de la femme fatale dans le film noir. Abel, ici, joue ce rôle de l’homme fatal, sulfureux, mystérieux. Celui qu’on suit dans ses aventures tout en sachant pertinemment que cela n’augure rien de bon.

Là où le film pêche, c’est dans son hésitation entre la volonté d’un caractère réaliste, voire documentaire (la réalisatrice a invité des vrais joueurs pour les scènes dans le cercle de jeu, a filmé des vrais témoignages d’anciens joueurs) et une intrigue amoureuse beaucoup plus romancée. Cette dernière s’égare dans une voie trop démonstrative où Abel et Ella sont pris dans une déflagration de leurs sentiments et leurs névroses.

Le film sort ce mercredi 4 juillet, n’hésitez pas à aller le voir, cela reste tout de même une bonne expérience de cinéma, d’autant que jusqu’à mercredi, la place est à 4€ ! #FêteDuCinéma

Corentin

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