Sur les décombres, combler l’absence – Samouni Road, documentaire de Stefano Savona

Il ne reste plus que quatre oliviers sur le terrain des Samouni, maigre pitance que la guerre a laissée à leur plantation. Gaza a subi de nombreux bombardements, cette famille n’a pas été épargnée. Stefano Savona filme ce territoire aride, cette forêt de décombres à travers laquelle nous sommes guidés par les souvenirs d’Amal, la benjamine Samouni, une fillette d’une dizaine d’années, et ses proches. C’est dans ce dénuement, cet anéantissement matériel du quartier que se forge l’idée d’appartenance, de propriété, que la famille défend corps et âme. La route des Samouni est là où il n’y a plus que quelques taches de sang en souvenir d’un défunt, là où les papiers des membres de la famille ainsi que les dollars économisés pour la dot du fils ne sont plus que cendres.

 

Le passé qui hante la famille, notamment la figure du père, dont le visage reste néanmoins placardé au-dessus de la route, érigé en martyr comme les autres victimes, est retranscrit par des séquences en animation en noir et blanc, aux traits marqués, coups de crayon blanc sur fond noir. Cela fait écho aux dessins qu’Amal produit avec des morceaux de charbon sur la pierre. Très mouvantes, voire brouillonnes par moment, ces séquences apportent une certaine matérialité aux défunts et à l’espace gisants tout en gardant leur caractère de souvenir du point de vue d’Amal. En témoigne, au milieu du film, la vision partielle et ébranlée de la tuerie de laquelle la petite fille ressortira avec quelques éclats d’obus dans la tête. En contrepoint, nous verrons également la tuerie du point de vue de l’hélicoptère qui a bombardé la maison où se cachaient les Samouni, en reconstitution 3D, en noir et blanc. Cette vision souligne l’aspect impersonnel et absurde de l’acte de bombarder, les hommes étant relégués à des petites figurines blanches empotées par la panique, au-delà de créer une tension dramatique par un retour de la chronologie et un traitement du son oppressant.

La structure du documentaire et les allers-retours entre parties réelles et animées mettent en perspective la situation de la famille et nous rapprochent de sa perception des événements. Nous sommes soufflés par l’état d’apaisement qui règne. Comment un si petits corps que celui d’Amal peut-il encore sourire après avoir vécu une telle violence et vu de telles horreurs ? La petite fille  parle avec un tel détachement de ces événements, qu’on ne peut qu’être sidérés par sa capacité de résilience. Parce que la route des Samouni est aussi ce chemin des épreuves passées à la vie qui continue : elle nécessite de trouver du sens. Faraj, grand-frère d’Amal parvient à en trouver dans le mariage après de nombreuses hésitations. C’est sans doute dans ce cérémonial, ses effusions d’embrassades et de corps dansants que se niche la force d’aller de l’avant.

 

Samouni Road, Stefano Savona, animation supervisée par Simone Massi ; au cinéma depuis le 7 novembre

 

Corentin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *