Django : De l’ombre à la lumière, du buzz au silence

Qui d’entre vous, sans un brin de nostalgie, réécoute encore quelquefois « Fichu », « Flex » ou « Oiseaux » en souvenir de l’un des jeunes espoirs du rap de l’année 2016 ? Django, une ascension fulgurante pour un rappeur né sur la toile grâce à ses titres diffusés sur Youtube et un artiste souvent pointé du doigt pour son style calqué sur ses influences. Après la sortie en 2018 de son deuxième et dernier EP, Tue-Moi, Mon Amour, S’il Te Plaît qui n’a pas rencontré un franc succès, Django est aujourd’hui retourné dans l’ombre.

Retour sur un parcours qui aura duré 3 ans, entre avènement et désillusions, engouement et déroute.

 

Souvenez-vous : le 6 mars 2016 Django met en ligne le freestyle « Billy Cocaine » qui atteint rapidement le million de vues. Peu de moyens, une vidéo sombre tournée dans un parking avec quelques copains, un visuel très simple et pourtant le flow, le texte et la gestuelle, tous les trois percutants, font mouche. Mais c’est avec le son « Fichu », posté en juillet 2016 que l’artiste décolle. On découvre alors un rappeur aux textes truffés de références à la culture pop et à l’univers cinématographique ainsi qu’un flow aiguisé et vif. Le public semble conquis par le nouveau venu et la vidéo devient virale (plus de 27 millions de vues aujourd’hui), pourtant les critiques commencent à fuser sur les réseaux. Grain de voix, manière de poser, style vestimentaire, l’artiste est assez vite assimilé au rappeur Nekfeu. Mais, la machine est lancée pour Django qui cumule les vidéos avec « Flex » et collabore notamment avec Lord Esperanza et Eden Dillinger sur « Killcam » en septembre 2016. De la même patte que les autres titres, « Flex » semble réaffirmer le style du rappeur, jusqu’à la mise en ligne de « Impala 1967» et de « Oiseaux ». Ces deux titres, différents de ce à quoi les fans s’attendaient, voient renaître les critiques passées de ses premiers morceaux.

 

 

Dans « Impala 1967» l’artiste semble s’être comme métamorphosé, il arbore veste en cuir et cheveux longs. Entre ce changement vestimentaire, la gestuelle, le refrain autotuné et le rythme posé de l’instru, il n’en faut pas plus pour que les auditeurs évoquent la ressemblance de l’ensemble avec SCH. Pour « Oiseaux  » c’est l’habitude d’utiliser de manière récurrente le « comme » dans ses textes qui est décriée. Rappelons aussi que le rappeur ne bénéfice d’aucune promotion, se met finalement très peu en avant sur les réseaux sociaux, n’accorde pas d’interview et passe uniquement par les plateformes gratuites pour poster ses sons et vidéos.

Autant apprécié que critiqué, Django fait son tout premier showcase le 16 avril 2017 au Nouveau Casino. L’événement tant attendu affiche vite complet et augmente l’attente des fans vis-à-vis de ce live. Malgré la salle bondée et l’ambiance survoltée, c’est une première scène maladroite sur laquelle surfe Django. Le rappeur semble ne pas s’être assez préparé au vu des « pull-up » qui fusent et on ressent bien qu’il redoutait cette rencontre avec son public. Niveau performance, le rappeur, que l’on sent fébrile, se fait rattraper par son public qui connaît ses textes par cœur. Une première scène assez compliquée donc, même s’il reste ovationné par son public, ce qui augure, avec un peu de travail et de recul, de belles choses pour le rappeur. En octobre 2017, Django sort son premier EP Anthracite, qui dévie à nouveau du style de ses premiers titres, provoquant une déception chez la plupart des fans. La même année, c’est le rappeur Deen Burbigo, membre de L’Entourage et proche de Nekfeu, qui apostrophe directement Django sur OKLM Radio lorsque Mehdi Maïzi lui demande son avis :

« Pour moi c’est un jeune qui est talentueux mais qui n’a pas encore digéré ses influences. […] ça n’empêchera pas qu’il peut devenir quelqu’un mais par contre faut qu’il arrête quand même un peu les plagiats. Parce que là par exemple son dernier logo, je peux te le montrer tout de suite, c’est le logo de Sango, un pote à nous, qu’il a pompé de A à Z. Donc Django, si tu nous écoutes, tu as du talent mais il va falloir commencer à te démarquer. […] Il faut arrêter les plagiats, parce que ça c’est très mal. »

 

 

Plombée par cet avis général, l’image du rappeur se dégrade. Son aptitude de caméléon d’un son à l’autre commence à traduire pour certain un manque de personnalité et une volonté de surfer sur la hype. L’engouement se perd peu à peu et malgré les fans qui soutiennent encore Django, la sucess story s’essouffle. Pourtant, il semble lui-même se livrer davantage au fur et à mesure de ses compositions, plus sombres et plus sensibles, comme pour clamer sa singularité et sa vérité. En juillet 2018, Django sort un second EP intitulé Tue-Moi, Mon Amour, S’il Te Plaît, (mis en intégralité en ligne sur Youtube), opérant à nouveau un virage artistique. Un deuxième opus plus noir, profond et mélancolique, où le rappeur raconte le chaos qui règne en lui et ses pensées suicidaires. Loin du kick de ses débuts, il verse davantage dans l’emo-rap, nous livre des sons posés et planants, des textes qui parlent d’amour, de haine, de dépression et d’angoisse. Le cercle des fans se divise encore et les ressemblances tendent de nouveau à se dresser entre le rappeur et ses homologues. Cette fois-ci Django est affilié à Lil Peep, le jeune rappeur américain décédé en novembre 2017 et figure de proue de l’emo-rap US. Tatouages sur le visage et le corps, cheveux courts et teints, regard vague et perte de poids, il n’en faut pas plus pour que Django soit accusé de vouloir calquer le rappeur américain et la génération des rappeurs soundcloud sans y apporter quelque chose d’original.

Ce second EP étonne par sa noirceur, construite autour des titres « Discorde » et « Autodestruction », un ensemble de morceaux très courts qui témoignent du profond mal-être qui s’est emparé de l’artiste. L’EP déçoit en majorité la fanbase, et on peut même apercevoir la virulence de certains sur les réseaux, de ceux qui crient à l’opportunisme et au gâchis. Une critique divisée qui semble avoir eu raison de l’artiste. En effet depuis la mise en ligne de Tue-Moi, Mon Amour, S’il Te Plaît, c’est silence radio. Le rappeur qui a disparu des réseaux sociaux s’est tient les cheveux en rouge et adopte désormais un style aux antipodes de ce avec quoi on la connu. Django reste donc entouré par cette aura de mystère qu’il aura su entretenir, un personnage du paysage rap prometteur qui semble ne pas avoir su trouver sa place dans le milieu, au grand dam des auditeurs qui lui sont restés fidèles. 

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