[DOSSIER] LE RAP BELGE : ENTRE SUCCÈS ET BOYCOTT

620 kilomètres. 620 km c’est la longueur de la frontière entre la France et la Belgique. Ça fait une sacré distance mais pourtant les deux voisins sont si ressemblants sur certains points, notamment le rap.
Souvent été dans l’ombre, souvent non considéré à sa juste valeur, le rap belge est enfin sous les feux de la rampe. Il leur en aura fallu du temps pour avoir la reconnaissance qu’ils méritent,.
27 ans, ça fait près de 27 ans que le hip hop est né : en 1990 sort le premier album de rap bruxellois intitulé « Bruxelles rap convention ».

LES ANNÉES 2010″ : L’ÉCHAUFFEMENT

 

 

Longtemps ignorés par les médias franco-belges, en 2010 on aura aperçu une apparition timide de certains acteurs de la scène belges au sein du paysage médiatique rap, on peut notamment mentionner des rappeurs/groupes tel que : La Smala, Caballero, JeanJass, L’Hexaler, Swatt’s (Youssef Swatt’s), Scylla, Exodarap (Groupe de JeanJass), Starflam, Gandhi et j’en passe… mais à cette époque, ces artistes passent en second plan, les médias se focalisent presque uniquement sur le phénomène : L’entourage/1995/Guizmo.

On voyait souvent ces rappeurs belges en collaboration avec les rappeurs de l’entourage, dans des freestyles ou autre, mais malheureusement, peu de personnes, du moins pas assez se sont intéressés à l’école belge.

 

2015 : LA PREMIÈRE FRAPPE

 

Certains auraient pu baisser les bras, certains l’ont fait d’ailleurs mais la plupart ont continué à s’acharner face à la feuille en misant sur le futur. On peut citer des artistes comme : Caballero, qui a enchaîné les freestyles, les sons, projets, Senamo aussi, qui commence à prendre un virage artistique intéressant, JeanJass qui s’est un peu détaché de son collectif l’Exodarap pour prendre son envol, Scylla et bien d’autres..
Le véritable tournant de la scène belge est arrivé premièrement en 2015 grâce à 3 artistes. Le 11 mai 2015 une bombe est lancé sans crier garde et fait bien des dégâts : Hamza sort H24.
Avec ce projet, Hamza attire clairement la curiosité de l’auditeur français sur la scène belge : ce n’était qu’un avertissement pour ce qui allait suivre. La bombe annonce les missiles belges.

 

 

Environ 7 mois plus tard, un nouveau missile débarque mais celui-ci fait énormément de dommages et incarne un nouveau départ du rap franco-belge. Le 4 décembre 2015, Booba sort son projet Nero Nemesis et dedans on s’attarde sur le feat avec Damso sur Pinnochio. Dans le clip, le belge plante le décor :  Damso sort d’un cercueil enflammé et rap entouré d’un tas d’autres cercueils, sa motivation est clair : tous les baiser jusqu’à l’os.
Son couplet fait le même effet et résonne autant voir plus que celui de Kaaris sur le son Kalash. Débarquant de nul part, il met des grosses gifles sur le morceau, donc forcément on s’interroge et on creuse un peu sa discographie pour en apprendre plus.  Un mois plus tard il sort son clip « Débrouillard » annonçant la sortie de son premier projet Batterie faible qui connaîtra un franc succès puisqu’il sera récompensé d’un disque d’or en décembre 2016.

 


Après ces deux missiles, on se décide ENFIN à prendre le temps de s’intéresser et de tendre l’oreille de l’autre côté de la frontière, et personne ne fut déçu.

2016 : LA CONSÉCRATION

 

C’est là que la Belgique a été forte et intelligente dans ses actions. Voyant le vent tourner ainsi que les médias se penchent davantage sur la scène belge, les belges n’ont pas hésité à balancer leurs munitions.
Selon moi, la collaboration Caballero x Roméo Elvis est LE GROS TITRE  avec aussi BruxellesVie de Damso pour redonner de la force au rap belge pour stabiliser le buzz, avec leur titre significatif Bruxelles arrive, les deux rappeurs nous préviennent qu’on risque de voir le rap belge de plus en plus dans  les temps qui viennent.

 

Ce titre fait éclater le buzz de Roméo Elvis, avant ce titre il avait déjà accumulé deux projets notamment Bruxelles c’est devenu la jungle (2013) et Famille nombreuse (2014), mais c’est à partir de CE titre que sa carrière décolle,  il sortira un an plus tard son dernier projet en date : Morale 2 avec des titres très bons comme : J’ai vu, Agora, Drôle de question et Thalys (feat Lomepal).
2016 c’est aussi l’année de Caballero et Jeanjass, les deux rappeurs se sont détachés de leur groupe respectif (Les corbeaux et Exodarap) pour s’unir et sortir des projets en commun.
En avril 2016 ils sortent leur premier projet en commun :  Double hélice. La fusion des deux artistes plait énormément et forme un tout très plaisant, alliant à la fois une technique dans l’écriture très forte, un égotrip, du flow, et une science du refrain hors-norme, comme nous le disait Isha dans son interview (à lire ici).
Dans la même école, on peut aussi souligner la sortie du projet Trois Fois Rien avec Senamo, Seyté et Mani Deïz.
2016 fut aussi l’année durant laquelle le label 92i confirme sa place et sa notoriété, avec la sortie du projet de Shay : Jolie Garce, Siboy n’est pas en reste puisqu’il prépare son album et balance le titre Eliminé. 

2017 : LA CONFIRMATION

 

Cette année c’est l’année où la scène belge doit confirmer sa notoriété pour garder son impact, et j’ose même dire sa pole position. Le rap belge aujourd’hui est plus prolifique et qualitatif que la scène française. Le rap belge est beaucoup moins complexé que le rap Français, ils osent plus s’aventurer dans des directions artistiques qui s’écartent des « codes du rap ».  Ils se prennent moins la tête, ont des univers musicaux très riches, arpentent les festivals, grimpent les classements streamings, et niquent des mères.
En 2017 la liste des rappeurs belges est plus longue et de plus grande qualité, on peut citer des acteurs de cette scène un peu plus dans l’ombre, que Pensées Parisiennes observent avec attention comme Slim Lessio, Krisy, Vik, Isha, Nixon, Jones Cruipy et bien d’autres…. on vous invite à déguster le Grünt 33.

 

 

Mais cette année on s’est surtout fait violemment gifler par Damso avec la sortie de son projet Ipséité, malgré le leak de son album (vous pouvez en apprendre plus sur cette histoire ici), le Belge voit son projet être récompensé par un double disque de platine, rien que ça. Ce projet est certainement l’un des meilleurs projets de cette année, même si on est qu’en Août, il a frappé super fort, son titre Macarena est connu par tous, son rythme super entraînant en fait un putain d’morceau de l’été 2017. OH LALAAAAAAAAAAAAAAA


En plus de ça, Roméo Elvis est bien décidé à tout niquer avec son projet Morale 2, tout le monde s’intéresse à ce phénomène, il fait une méga tournée, en plus des festivals (où on peut souvent l’apercevoir avec les copains Caba et JJ)

Pour finir en beauté, Caballero et Jeanjass ont récidivé en sortant un second projet : Double hélice 2 avec cet album ils affirment leur place et développent de plus en plus leur imagerie, leurs clips sont très travaillés et agréables à regarder.

Un début timide dans les années 2010, avec des artistes comme La Smala et Scylla, une première apparition sous les projecteurs en 2015 avec Hamza et Damso, en 2016 c’est le sacre avec Roméo Elvis, Caballero et Jeanjass, Damso, Shay et j’en oublie puis 2017 où on double nique des mères.
Le rap belge est décomplexé, gourmand et audacieux, ils savent tenter et prendre des risques, travailler avec acharnement malgré un boycott médiatique belge. En Belgique, les médias belges ont un peu merdé avec leur scène rap, je sais pas si c’est un réel boycott ou un manque d’intérêt pour cet art, mais les rappeurs ont été négligés, c’est tout d’abord les médias Français qui ont mis en lumière le rap belge. C’est peut être la raison pour laquelle Damso a mis un drapeau français et non belge à la fin de son clip Macarena sur le bateau.
Cependant la Belgique tente de se rattraper et de combler ses lacunes en lançant TARMAC, un média produit par la RTBF qui mettra en avant la culture urbaine. Suite à ce projet, RTL TVI, principale concurrent du groupe RTBF prépare aussi de leur côté un média urbain.
On verra bien si ça dure et si les autres médias suivent l’engouement, ce serait dommage de laisser passer une seconde fois le phénomène. D’autres médias belges sont à mettre en avant pour leur travail sur la culture urbaine : Alohanews et Give me 5
Il faut vraiment prendre le temps de s’intéresser et d’écouter ce qui se passe chez nos voisins si ce n’est pas encore fait, ils font clairement le taff.

Je vais conclure l’article avec ce titre, ils résument tout :

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