Événement : Red Bull Dernier Mot

BATACLAN

RES TURNER remporte la finale du RedBull Dernier Mot, retour sur une victoire

Fleyo, Res Turner et Daks Photo @Redbullderniermot

 

 

Pour sa première édition en France, le Red Bull Dernier Mot avait placé la barre haute, ce samedi 18 novembre 2017.

Nouveau petit frère du Red Bull Batalla De Los Gallos, concours d’improvisation organisé en Espagne depuis 2005, cette première française promet un niveau de qualité.

Habituée des Rap Contenders accessibles sur Youtube, des freestyles publiés par la nébuleuse culturelle Grunt et du milieu des concerts Hip-Hop à Paris, je suis curieuse de découvrir le milieu des battles Rythm And Poetry, en chair et en os, cette fois-ci.

Ce sont 16 finalistes qui se sont affrontés à coup de rimes et de punchlines sur la scène du Bataclan.

16 finalistes parmi les 3000 participants du concours ayant tenté leur chance lors des présélections.

La crème de la crème de l’improvisation, évoluant sous le regard d’un jury de grands professionnels, et artistes du milieu, tel que Youssoupha, rappeur reconnu et tête d’affiche du label Bomayé Music, Deen Burbigo, membre du collectif L’Entourage et ancien participant du concours Rap Contenders, ou encore, Artik, freestyler habitué de la discipline. Le journaliste de OKLM, Mehdi Maizi et le réalisateur d’A voix haute : la Force de la parole et instigateur du concours Eloquentia, Stéphane de Freitas, viendrons compléter l’équipe. Pour l’accompagnement musical, ce sont, DJ First Mike aux platines, et à M.A.S.S, dans le rôle du maître de cérémonie qui prennent le relais.

Le ton est donné.

 

Le Bataclan, un panel de lyricistes aguerris, une salle pleine et un jury de qualité : Le rendez-vous est pris dans la mythique salle du XIe arrondissement à 17h30, assez tôt pour un samedi.

« Paris y a du monde ou pas ? »

C’est un public plutôt éclectique, de 15 à 30 ans, n’ayant pas forcément répondu aux codes vestimentaires des familiers du rap qui se réunit autour de la scène. Au compte-gouttes les finalistes du concours arrivent sous les ovations. On sent déjà les préférés à l’applaudimètre. Tout est calculé et bien présenté, en fond, chaque rappeur a le droit à sa petite vidéo de présentation avec son nom de performeur . Au grand complet, c’est au jury d’être accueilli par le public. M.A.S.S donne d’emblée les règles de chaque round qui permettront l’élimination d’un des deux candidats et ainsi de départager les deux derniers MC pour la grande finale.

Chaque battle soumettra les candidats à des règles propres, permettant de jauger leur capacité à improviser selon des critères et thèmes imposés. Les premiers duos doivent par exemple, en 60 secondes, improviser sur deux images projetées sur les écrans de la salle, puis sur une liste de 5 mots qu’ils doivent replacer dans leur texte. Jugés sur divers critères tels que le rythme, la créativité, la valeur poétique et bien sûr l’improvisation, les jurés possèdent des pancartes avec le nom des candidats, qu’ils doivent à la fin de chaque round, lever pour élire le meilleur kicker du duo. Si les pancartes annoncent un résultat ex-æquo ou si les juges n’arrivent pas à faire consensus, la règle du Replica permet de rejouer la partie. Un pass pass de 4 mesures par MC sur 1 minute30. Là où d’ailleurs, le meilleur des clashs, de la qualité de l’improvisation et des punchlines se sont avérés avec ce procédé.

Le micro est prêt, les affrontements peuvent commencer. Les joutes verbales s’enchaînent, laissant la part belle aux candidats les plus marquants : SMR, DAKS FLEYO et RES TURNER, dont les flows et la présence permettent de se démarquer du lot.

 

Le plus étonnant reste le manque d’ambiance dans cette salle. S’il y avait eu des chaises, assurément le public endormi se serait cru à un concert de variété du samedi après-midi. M.A.S.S tente bel et bien de chauffer l’ensemble et nous nous rappelons qu’il n’est en fait que 18h.

Le lot de surprise prévu par le show finit d’achever une ambiance en demi-teinte. Hormis le duo formé par Faya Braz & Alexinho du collectif français Under Kontrol, performant lors d’un interlude (l’un des groupes les plus réputés dans le domaine du beatbox), l’intervention du podcasteur Maskey (dont les vidéos rappelons-le, se spécialisent dans l’analyse du rap), fait un raté. Tant et si bien que c’est Deen Burbigo essayant de rattraper le tout, qui entame une courte improvisation, sortant un peu le public de sa torpeur.

 

Enfin le plus décevant reste l’accueil du public face au jeune rappeur PLK, venu se produire en show case. Membre du Panama Bende ayant récemment signé en solo sur le label indépendant Panenka Music, PLK a notamment réalisé le titre « Du Mal » ( plus d’1 million de vue sur Youtube), témoin d’une plume aiguisée et profonde et d’un talent qui se détache du collectif sans jamais lui tourner le dos. En somme un show case très attendu qui, dans l’ambiance amorphe de la salle n’a pas eu l’effet escompté. A peine 10 minutes où le rappeur tente d’aborder son public sans que cela ne soit efficace, on sent que lui-même n’y crois pas vraiment. Seul deux jeunes de l’autre côté de la scène, expriment l’enthousiasme qui aurait dû embraser la salle. La suite ?

 

 

Res Turner PORTRAIT

Photo Hugues Rouet et David Tavan

 

Originaire de Poitiers Lionel Bordas alias RES TURNER ou RES, actuel champion du monde de la compétition End of the Weak, emporte donc avec lui un deuxième trophée doré, celui du Red Bull dernier mot .

Graffeur et rappeur, RES semble être un artiste à part dans le milieu des cultures urbaines. Végan, il donne de la voix pour défendre les animaux, et notamment dans son titre La fable de la Morlette (publié il y a 3 ans et comptabilisant plus de 100 000 vues sur Youtube).

Un rappeur dans l’air du temps donc, consciencieux et abordant dans l’univers du rap des thèmes auxquels on se sent peu habitué. Force est de constater que la plume de RES dénote et ne se trouve pas dépourvue de verve. Une nouvelle facette du rap ?

 

Pourtant quand le rappeur se retrouve sur le devant de la scène, cela fonctionne moins bien. RES se démarque et pourtant. Des rimes qui manquent parfois cruellement de justesse et de finesse, et une voix qui ne porte pas. Lors de la finale, face à son confrère Fleyo, le combat est noble, mais le rythme n’est pas au rendez-vous, la sauce ne prend toujours pas. Les plus habiles sont déjà éliminés.

SMR loin dans le classement aura néanmoins beaucoup donné sur scène, une gestuelle dynamique,des rimes portées par une touche originale et des pics qui sifflent aux oreilles.

Daks arrache la 3e place, amplement plébiscité. Le podium final est mitigé, malgré les quelques bonnes attaques du duo de finalistes.

C’est peut-être par son parcours que Res Turner nous convainc le plus. On regrettera d’ailleurs la base d’une battle a cappella, qui aurait pu lui donner l’occasion de retrouver ses lettres de noblesse.

 

Retour en vidéo sur les 10 meilleurs punchlines du RED BULL DERNIER MOT, à vous de juger :

les 16 finalistes du Red Bull Dernier mot : Res Turner en fond aura sur se placer dans la lumière

Photo @Redbullderniermot

Estelle

 

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