FRANZ WEST – du 12 septembre au 10 décembre 2018 au Centre Pompidou.

Rentrée oblige, plusieurs nouvelles expositions ont ouvert leurs portes pour la saison et c’est la rétrospective de Franz West que j’ai décidé d’aller voir ! Ne connaissant pas l’artiste c’était un bon moyen de m’imprégner de son univers… A l’entrée de l’exposition, les spectateurs esquissent déjà un large sourire. Sur le mur, en évidence, dans un carré rouge vif, on peut lire : « J’ai toujours pensé que l’idéal est de ne rien faire et d’être quand même capable d’en vivre… » Une brève présentation de l’état d’esprit de l’artiste…

 

Né en 1947, Franz, qui conservait à l’époque le nom de son père « Zokan » ne prendra qu’en 1980 le nom de sa mère « West ». Fils d’une mère dentiste amatrice d’art et d’un oncle marchand d’art, c’est à 16 ans, après avoir arrêté l’école qu’il se concentre sur la littérature et le monde de l’art. Ses premiers travaux, que l’on retrouve au début de l’exposition, sont des dessins au crayon de graphite qu’il nomme « Mutter Kunst » et n’étaient destinés qu’à sa mère : un moyen de la rassurer sur ses ambitions futures. Il étudiera par la suite à l’Académie des Beaux-arts de Vienne.

Quand le spectateur devient acteur…

 

Lorsque l’on s’avance dans la première salle, nous apercevons un énorme bâton ainsi qu’une spirale posés sur un socle. Mais qu’est-ce donc ? Un poste de télévision posé à côté de ces objets nous en fait bien vite comprendre « l’usage ». Un médiateur nous invite à prendre en main un objet similaire aux deux premiers. Ce sont des Passstücke. Pour l’histoire, c’est dans les années 1973/74 que les premiers Passstücke ont vu le jour avant qu’ils en prennent le nom en 1980.

Ces œuvres aux formes aléatoires faites de plâtre, d’acier ou de polyester peint la plupart du temps, interrogent un nouveau rapport du spectateur à l’œuvre. Ces œuvres « prothétiques » définissent un allongement du corps du spectateur qui se déploie dans l’espace en le définissant. Ainsi du plus jeune au moins jeune tout le monde prend timidement part à ces performances improvisées : les uns dansant avec l’objet et les autres simulant une partie de golf…

 

Pour l’artiste autrichien, le rapport esthétique change dès lors et le besoin de faire participer le spectateur ou le faire devenir œuvre ne se fait pas attendre. Bon nombre d’artistes antérieurs à l’instar de Lygia Clark et ses objets relationnels ou d’autres artistes qui lui sont contemporains se sont intéressés à la question. On peut ici parler « d’art relationnel ».

 

Un peu plus loin, l’œuvre Two to Two (1994) se compose d’une œuvre en papier mâché posée sur un socle-bibliothèque. L’artiste invite le visiteur à emprunter un livre et par son biais rendre l’art accessible. Des exemples parmi tant d’autres…

 

Au centre de l’exposition des assises en métal (on en retrouve d’ailleurs d’un autre type devant l’exposition et plus loin dans le centre) nous invitent à faire une pause tout en écoutant la musique classique que l’artiste chéri tant.

Quotidien et redéfinition de l’œuvre

 

Ses œuvres sont la plupart du temps créées à partir de matériaux dit « pauvres » : carton, papier mâché, tiges métalliques ou encore objets de récupération tout y passe ! Ces objets qui font partie intégrante de son quotidien lui permettent davantage de spontanéité dans sa création. En 1986, pour créer ses Labstücke, il récupère des bouteilles d’alcool qu’il a préalablement bu en soulignant la valeur du contenant qui n’est plus défini par son contenu. Il en fait alors des œuvres d’art à part entière en bricolant avec ses matériaux fétiches de nouvelles formes.

 

Il redéfinit également la notion de socle, (qu’il fabrique la plupart du temps) qui fait parfois même partie de l’œuvre, sur lequel on peut y trouver le cartel inscrit. Il joue avec ceux-ci et parfois le socle est au-dessus de l’œuvre. D’autre part, dans Indiosyngramm (1985) par exemple, il applique des feuilles d’or sur du papier mâché, un clin d’œil évident aux peintures religieuses à fonds dorés.

 

Ce n’est qu’au début des années 1980 qu’il tente de créer des objets fonctionnels comme des porte-manteaux avant de finalement parler de « sculptures-meubles » en 1990 en s’interrogeant sur la question de l’utile dans l’art. Il s’entourera de designers et créera de nombreuses assises entre autres (pas toujours confortables !).

Humour, toujours !

 

Nous ne sommes pas sans remarquer que l’artiste ne cesse de jouer la carte de l’humour par le biais de ses œuvres. Il définit par exemple la couleur verte pour une de ses œuvres « en écho aux tenues des policiers et aux pissotières en Autriche » et utilise le collage pour créer un hybride de chien à tête de policier. Il récupère également des fragments, de magazines ou de photographies pornographiques issues du pop art, sur lesquels il peint à la gouache et délimite des éléments créant ainsi des visages, des corps ou des situations complétement grotesques. De même, dans son œuvre Lemurenköpfe ou tête de lémures, lors de la Documenta de Cassel en 1992, le visiteur était convié à jeter ses déchets dans la bouche des immenses têtes totémiques créant ainsi une situation complétement potache par l’odeur nauséabonde qui se dégageait de ces orifices.

 

Avant de finir l’exposition une ultime halte s’impose sur les dernières assises en aluminium vernies offrant une vue d’ensemble sur la dernière salle : affiches d’expositions, collages, maquettes d’œuvres monumentales, œuvres en papier mâché, sculptures-meubles.

Une exposition à ne pas manquer, pour tous les âges avec différents niveaux de lecture bien sûr…  Jusqu’au 10 décembre !

 

Milena Stojilkovic

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *