L’Île aux Chiens ou l’âme du meilleur ami de l’Homme – le nouveau film de Wes anderson

Nous sommes au Japon, propulsés vingt ans dans le futur. La population canine de la ville de Megasaki est envoyée sur une île poubelle à cause d’une épidémie de grippe qui menace de contaminer les humains par le maire de la ville, qui préfère les chats. C’est sans compter une poignée d’adolescents qui vont s’opposer à la propagande. Wes Anderson (Fantastic Mr Fox, Moonrise Kingdom, The Grand Budapest Hotel) revient cette année à l’animation, avec L’Île aux Chiens, dans lequel leur statut de meilleur ami de l’Homme est remis en cause. Entre militantisme, théorie du complot et aventure, nous avons de quoi nous mettre sous la dent.

 

 

Le réalisateur américain nous emporte dans un conte aux allures dystopiques : un cadre spatio-temporel très éloigné de nous pour donner à voir le monde de façon plus tranchante. Les personnages sont assez archétypaux, un maire totalitaire qui incarne une sorte de Big Brother matrixant l’esprit de ses citoyens, des lycéens futés qui déjouent les complots, des scientifiques empêchés de dévoiler des découvertes compromettantes et bien sûr une population de chiens opprimés qui sont quelque part le reflet de certaines minorités dans nos sociétés actuelles. Le film prône l’acceptation de l’autre malgré sa différence et les préjugés que l’on peut avoir et pose des questions sur la technologie et ses dérives à des fins peu appréciables pour la survie de notre espèce. La dimension politique du film ne vient pourtant pas à l’encontre du récit et c’est sa grande force. L’Île aux Chiens raconte une histoire simple et efficace, les relations entre les personnages sont assez évidentes et cela suffit pour que nous plongions dans le film.

Non, en fait ça ne suffit pas… Il ne faut pas oublier le magnifique (et léché) travail de l’image. Un jeu très méticuleux des couleurs et leur symbole oscille du rouge sombre pour le maire au gris texturé de l’île poubelle en passant par le bleu des lycéens. Tout cela est renforcé par l’attention portée à la lumière ainsi qu’aux textures de l’image. Les bagarres sont figurées par des amas cotonneux bouillonnants, la colère du maire s’échappe de manière filandreuse de ses narines… Plusieurs types d’animation ont été utilisés en fonction de la provenance des images. Le stop motion tout en relief de l’intrigue est contrasté par le dessin qui émane des écrans de télévision internes au film, l’inspiration japonaise se retrouve dans plusieurs estampes craquelées. La notion de motif est clé dans ce film. Que ce soit narrativement (certains personnages reviennent de temps en temps, un St Bernard nommé Jupiter qui semble être le narrateur ou encore une chouette messagère), visuellement (avec une géométrie du décor et de la composition très soignée comme l’aime Wes Anderson), et musicalement (la partition d’Alexandre Desplat rythme le film de ses percussions et ses petites mélodies sifflées).

Là où L’Île aux Chiens réussit c’est dans sa manière habile de jouer avec les langues (pour ceux qui le verront en VOST). Celle des chiens qui est traduite en anglais pour une meilleure compréhension, le japonais et l’anglais des humains. La langue est une barrière qu’il faut parfois contourner avec une oreillette, une traductrice instantanée ou un narrateur. Cette bascule continuelle entre les langues soutient le rythme du film et permet de placer le spectateur majoritairement du point de vue des chiens. D’un autre côté, le recours à la narration extérieure nous donne parfois la sensation de rester à distance des personnages, de ne pas parvenir à vraiment nous impliquer émotionnellement dans le film, si ce n’est qu’on n’a rarement l’occasion de voir des larmes aussi réalistes au cinéma.

Wes Anderson nous offre un film d’une grande inventivité et maîtrise sur le plan visuel dont le récit assez universel peut plaire à un grand nombre, sans renier un second niveau de lecture plus politique et critique sur plusieurs points du monde contemporain.

Corentin

 

Pour aller plus loin, la chaîne de la 20th Century Fox à mis en ligne un joli making-of.

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