Los Angeles enflammée – Kings, de Deniz Gamze Ergüven

Deniz Gamze Ergüven a eu l’idée de Kings avant même de tourner son premier long-métrage, Mustang. C’est le succès de ce dernier qui lui a permis de réaliser son second film à Los Angeles. On y croise le destin d’une curieuse famille dé-(re)-composée, menée par l’effrontée et vertueuse Millie (Halle Berry) quelques semaines avant et pendant les émeutes qui ont secoué la ville après le passage à tabac d’un noir, Rodney King, par quatre policiers blancs en 1991.

 

La réalisatrice franco-turque s’attaque avec Kings, depuis le 11 avril en salle, à dépeindre une réalité délicate et polémique que sont les violences policières aux Etats-Unis envers les populations noires américaines et la réaction de celles-ci. Même si l’intrigue est contextualisée dans le début des années 90, le sujet est quand-à-lui des plus actuels. Le film nous touche parce qu’il s’attache à la petite histoire de cette famille, laissant la grande à travers des images d’archive sur un écran de télévision jamais très loin. Celui-ci  ronronne de façon omniprésente les inepties d’un procès à l’issue effarante : l’acquittement des policiers. Nous sommes au plus près des personnages, souvent en caméra portée avec de longues focales. L’image est granuleuse comme si elle datait de l’époque filmée, travail remarquable de l’étalonneur Yov Moor. Le soleil d’été rayonnant se transforme en nuits brumeuses et apocalyptiques lorsque les émeutes éclatent. Les effets spéciaux sont très réussis.

 

 

Kings parvient avec brio à dépasser la vision primaire qui oppose blancs et noirs pour montrer l’absurde à laquelle peut mener une telle situation, en témoigne une étrange utilisation d’un lampadaire ou des policiers débordés qui relâchent des embarqués. Les émeutes ne sont finalement qu’un prétexte pour montrer l’importance et la cruauté des choix auxquels nous sommes parfois confrontés. Cela passe par des personnages dont on cerne très facilement les paradoxes moraux, les désirs, qui n’en sont pas moins complexes. Par exemple, Jesse, adolescent contre la violence, tente d’empêcher son frère de cœur, William, de sombrer dans la haine et les armes, mais jusqu’à quel prix…

Le film est écrit avec beaucoup de finesse. Un récit elliptique, un rythme effréné qui nous laisse peu le temps de respirer. Plusieurs images s’entremêlent en surimpression, réminiscences qui tambourinent dans les esprits, font monter la colère, et une récurrente vue de haut des pavillons résidentiels de L.A. qui finira enflammée. L’évidence des relations entre les personnages qui se dessinent permet de nous surprendre subtilement lorsqu’ils ne se conduisent pas logiquement, lorsque les pulsions dépassent la raison. Soulignons également la performance de Daniel Craig, peut-être le personnage qu’on arrive le moins à situer, dont la haine des flics va jusqu’à lui faire jeter son canapé par la fenêtre.

 

 

Avec Kings, Deniz Gamze Ergüven semble dire que nous sommes  tous quelque part un peu Rodney King, et poursuit dans la lignée de son précédent film, sondant l’humanité dans les actes de ses personnages avec une justesse qui noue parfois le cœur du spectateur.

 

Corentin

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