La Lutte de Josué Comoé.

« Ça me pousse de voir que je touche les gens à travers mon art.»

Il y a quelques temps, nous avons eu l’opportunité de rencontrer l’artiste prometteur Josué Comoé. En toute simplicité, entre appréhension et excitation le jeune plasticien s’est livré sur sa première exposition, ses inspirations, ses aspirations et l’importance de l’art dans la transmission de message.

 

Des shootings photos aux podiums de défilés, en passant par les bancs d’une école d’art parisienne, le moins que l’on puisse dire c’est que Josué a toujours une appétence particulière pour le milieu artistique. Toujours est-il que les univers dans lesquels il évoluait ne le stimulait pas assez, ne lui offraient pas la place qu’il méritait.

 

La rupture avec le milieu de la mode a eu lieu lorsqu’il a fait le choix de se laisser pousser les cheveux. Étrangement, les contrats se font plus rares. Hors de question pourtant de se conformer ou compromettre son identité pour un milieu qui l’a trop souvent mal représenté.

« Je n’ai pas envie d’effacer une partie de moi pour rentrer dans un moule. C’est comme si tu allais en boîte avec des amis à toi, et que tout le monde pouvait rentrer tel qu’il est, sauf toi. Les mannequins noirs peuvent bosser dans la mode, mais parce que je suis foncé de peau, et que j’ai maintenant un afro on me demandait de m’en débarrasser pour pouvoir travailler. Les critères sont beaucoup plus précis qu’on ne le croit. »

Même si les mœurs semblent évoluer, et que les créateurs, les agences et les marques expriment une volonté de diversification, il affirme que la réalité est parfois loin du discours universaliste que ces acteurs promeuvent.

« On peut se dire qu’il y’a beaucoup plus de diversité maintenant. On peut voir des mannequins voilées, avec du vitiligo, albinos etc qui arrivent à percer… Mais quand on fait bien attention, il peut s’agir parfois que d’une vitrine. C’est souvent la même et unique personne qui est utilisée pour représenter ces communautés car en réalité, ces profils de mannequins auront toujours du mal à travailler dans divers pays. À l’époque, il y’a plein de boulots où j’étais « le premier mannequin noir à… » et j’en étais fier dans une certaine mesure. Maintenant j’ai du mal car je me rappelle que les éléments qu’on utilise pour me juger, et me prendre ou non sont discutables. Et quand on est noir dans la mode, être une exception peut permettre de changer les choses certes, mais n’oublions pas que ça peut aussi être une violence »

 

La rupture avec l’école elle, était beaucoup plus naturelle.
« Je ne me suis jamais épanoui dans ce système scolaire. Et plus je grandissais, plus cela devenait violent. »

© Josue Comoe

Il cherche alors à s’accomplir dans un terrain libre, où sa parole et son discours existeraient sans contrainte, sans censure : les arts visuels. À travers sa fonction de plasticien, il dévoile de nombreux maux souvent passés sous silence. Ses œuvres font guise d’auto-thérapie. Poussé par un désir de représenter les minorités sous un meilleur jour, il prend le parti d’en faire les pièces maîtresses de ses créations ; de créer des miroirs dans lesquels elles pourraient voir leur reflet, incessamment altéré.

Sans surprise pour l’époque dans laquelle nous évoluons, les prémices de son succès ont eu lieu grâce aux réseaux sociaux. Encouragé par son amie Kiyemis, la talentueuse auteure du recueil de poèmes À nos humanités révoltées(Broché, 2018) dont il a peint la couverture, il crée un compte Twitter pour partager ses œuvres. L’engouement est immédiat, parmi ses supporters, la militante Rokhaya Diallo et la réalisatrice du film Ouvrir la Voix, Amandine Gay.

Nul doute qu’un tel engouement, plus particulièrement à l’approche de sa première exposition serait conduit d’incertitudes et remises en question évidentes. À un certain moment, Josué a commencé à ressentir le poids, des expectatives des gens qui comptent sur lui.

« À un moment donné, j’ai été bloqué car on attendait énormément de moi. Et je ne me disais plus « J’ai envie de faire ça » mais « Je dois faire ça ». Je ressentais une espèce de pression. J’en étais tétanisé. »

                  

© Josue Comoe

Comme pied de nez à cette période de doute, il décide de rester authentique à sa démarche. «Jamais je ne changerai mon travail pour les gens parce que sinon je serai plus en mesure de créer.»

Et lorsqu’on lui pose la question qui fâche, à savoir s’il ne redoute pas qu’on lui reproche de faire de « la peinture pour les noirs» il répond avec ferveur :

« Ça veut dire quoi art noir ? Ça ne veut strictement rien dire. Je fais de l’art c’est tout. À travers ma perspective et mes yeux d’homme noir. Forcément, je parle de récits qui arrivent à des personnes racisées mais au final, tout le monde peut s’y retrouver. C’est de l’ordre de l’émotion, c’est quelque chose qui nous échappe donc ça peut parler à tout le monde.»

« Prendre des modèles racisés c’est un parti pris. Les gens qui m’entourent c’est surtout eux et ça sera toujours eux. Et je ne pense pas que quiconque sera en mesure de me le reprocher. Je suis obligé de parler de ce que je connais le mieux» en témoigne ce tableau, largement inspiré par sa maman et sa sœur.

Indéniablement passionné par son travail, le jeune homme affirme que ce qui le touche le plus, ce sont les réactions des personnes face à ses œuvres et l’émotion qu’elles suscitent.

 

« Si ce que j’ai mis dans cette peinture, l’émotion et les sentiments que j’y ai mis t’ont parlé, on va se comprendre. Votre âme lit quelque chose que mon âme a mis dans mon travail, qui permet de créer un dialogue. Quand je suis amené à rencontrer gens pour discuter de mes peintures, on finit toujours par parler de nos vies, et on y trouve des similitudes. »

Même si l’exposition présentera principalement des peintures, l’artiste met un point d’honneur à affirmer son statut de plasticien. « Je ne suis pas juste peintre ».
Au final, c’est une partie de lui-même que Josué offre à voir au public ; le fruit de longs mois de travail et d’abnégation. Après avoir essuyé plusieurs refus, c’est finalement l’espace 33 qui acceptera de lui laisser sa chance et accueillera sa première exposition individuelle.

Nous concluons la rencontre avec une dernière question (qui fâche moins cette fois-ci), pourquoi avoir fait le choix d’un nom porteur de sens, aussi fort ?

« La lutte… Toutes les adversités auxquelles j’ai dû faire face s’apparentent à une lutte. Et on peut le voir dans les personnages que je peins. Dans une lutte, il y a plusieurs phases. Une phase de questionnement, une phase de tension, de combat, et enfin, la victoire. Lorsqu’on regarde certains de mes personnages, leur regard, leur posture, ils cherchent à se réapproprier l’espace. Ils ont cette fierté, cette arrogance même parfois. La lutte me paraissait comme un nom qui collait parfaitement à cette exposition. »

                    © Josue Comoe

Le mieux, pour en avoir le cœur net, c’est de la voir de vos propres yeux.

Rendez- vous le 27 avril à 19h30 l’espace 33 pour le Vernissage de La lutte. Les festivités s’étendront jusqu’au 4 mai, le temps de vous en mettre plein la vue.

 

 

Informations sur l’exposition : La lutte.
Du 27 avril au 4 mai. (De 14h à 18/19h)
Vernissage le 27 avril 2018 à 19H30.
33 Rue Bouret, 75019 Paris.

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