Je ne suis pas un homme facile : à voir absolument !

Disponible sur Netflix, le premier long métrage d’Eléonore Pourriat met en scène un matriarcat dystopique, rempli d’humour et pertinent. Dans la droite lignée des #BalanceTonPorc, #MeToo et des révélations de harcèlement, le combat féministe se poursuit. Les clichés sont dénoncés et les inégalités, ridiculisées afin d’être mieux perçues.

 

    Que ce film serve de leçon aux Dom Juan. Damien, incarné par Vincent Elbaz, est le stéréotype de l’hétérosexuel célibataire aussi lourd que son ego. Après un choc contre un poteau, Damien se réveille un matin dans un monde parallèle où les femmes sont au pouvoir. On assiste ainsi à une inversion des codes, cruelle mais si juste. Le miroir y est à peine déformant. Damien devient ainsi un militant masculiniste, au sein de Nichons-nous partout. Les hommes de cette association dénoncent la domination exercée par les femmes sur leur société et luttent contre les « clitocrates ». Damien travaille pour une femme au discours maternaliste, poilue et vaniteuse. Et toutes les femmes de cette société reflètent les hommes d’aujourd’hui. Elles lisent l’Equipe, sont en costume, mettent en avant leur force physique, urinent debout et reluquent sans s’en cacher les hommes dans la rue. Un enchainement de mises en scenes englobant une intrigue sentimentale attendue, ce film doit être vu pour ce qu’il dénonce, et pour son humour évidemment.

 

Damien a des velléités «masculinistes» et milite au sein de Nichons-nous partout, association d’hommes affublés de poitrine en latex pour dénoncer un monde dominé par les femmes. Il participe même à une manifestation au Collège de France contre les «clitocrates». Tout en faisant sourire, le film nous force à entrevoir l’absurdité de notre société en ce qui concerne l’opposition entre les hommes et les femmes.

Puisqu’il fallait une histoire d’amour pour lier les différents clins d’oeil du film, Damien s’éprend d’une écrivaine sexiste, Alexandra Lamour, incarnée par Marie-Sophie Ferdane, à la voix parfaite pour ce rôle. Cette auteure rédige un ouvrage pour mettre un terme au « mythe de la domination féminine » et utilise Damien, expérimente ses théories sur lui. Évidemment, le charme de la comédie romantique opère et les deux finissent par regarder les 24 Heures du Mans ensemble: intérêt commun.

 

 

Eléonore Pourriat offre ainsi une continuité de son premier court métrage, Majorité Opprimée. L’inversion des codes n’est pas réalisée dans le simple but de faire un trait d’humour mais de dénoncer le quotidien de nombreuses femmes. En effet, si nous réagissons face à ce matriarcat, pourquoi rester de marbre face à un patriarcat dont nous sommes les héritiers ?

Eléonore Pourriat nous montre ainsi ce que peuvent ressentir certaines femmes, dénonce l’objetisation et l’humiliation. La force d’Eléonore Pourriat et de montrer tout cela sans basculer dans un pathos facile et attendu. Avec énormément d’ironie et de recul, elle laisse les faits parler d’eux-mêmes.

Et enfin, Marie-Sophie Ferdane. « La plus grande actrice de sa génération » selon Eléonore Pourriat qui confie avoir écrit le rôle en pensant à elle. Ses 6 ans passés à la Comédie-Française (de 2007 à 2013) se ressentent et l’actrice offre une présence remarquable et joue avec justesse la femme dominante emprunte des codes de la virilité

 

 

 

Les hommes voilés décriés, les militants masculinistes ridiculisés quand réclament plus de visibilité et de droits, Je ne suis pas un homme facile ne peut que nous interpeller. Les griffes du patriarcat se desserrent et notre société s’éveille mais le chemin est encore long. Cependant nous avançons, précisément grâce à ce genre de démarche : merci Eléonore Pourriat.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *