Pacifique : rencontre avec Disiz la Peste

Dix-huit heures trente à Paname, nous sommes une bonne dizaine à attendre à l’accueil du label Polydor. L’objectif ? Discuter de Pacifique, le tout nouvel album de Disiz la Peste, avec le principal intéressé. Retour sur cette rencontre avec le rappeur aux onze albums…

 

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Cet album n’a pas été facile à sortir. Si Disiz est bien entouré – il cite ses frères, sa chef de projet, ses producteurs comme Amir et Salem, ou encore Stromae – les déceptions n’ont apparemment manqué de la part d’autres, n’hésitant pas à recourir au chantage pour le mener dans une direction qu’il n’avait pas choisi. Sans succès. Plus, le rappeur avoue l’appréhension qu’il avait à chanter sur certains morceaux, un exercice qu’il considère comme une mise à nu.

On parle un peu de ses collabs. Celle qui intrigue tout le monde, c’est celle avec Stromae, pour qui Disiz ne cache pas son admiration. Il nous explique le plaisir qu’il a eu à enregistrer Splash couplé à la difficulté de trouver son propre style à travers les prod de Stromae. Il nous parle aussi, à demi-mot, des deux sons qu’il a enregistré avec Damso, sans rien dévoiler du contenu mais en renouvelant ses compliments envers le jeune belge. En fait, on se rend vite compte qu’il ne collabore presque qu’avec des artistes du plat pays : Hamza, qui « dit trop de gros mots » mais a fait un effort pour lui, Amir, qui est à l’origine de pas mal de prod mais aussi d’autres dont il respecte le travail comme JeanJass.

 

En fait, t’aurais préféré être belge ?

– Non, enfin je le suis un peu, mais le public belge est plus…

– Plus porté sur le rap cainri ?

– Ouaaaaaais… en fait, il s’embarasse moins des questions de genre ! » Ce que vise Disiz, c’est des projets à la Kendrick Lamar, Childish Gambino ou encore Kanye West. « Je veux pas être enfermé, je veux pas choisir ».

Comment t’as choisi ton single ?

Disiz voulait un titre qu’il aime et qui représente cet album, qui l’annonce correctement. Il explique avoir été frustré par le passé, chez Barclay, alors qu’il avait voulu faire de Miss Désillusion un single des Histoires extraordinaires d’un jeune de banlieue. Trop risqué à l’époque. Alors, cette fois, il se fait plaisir. Il aime Autre Espèce, il aime Splash. Il n’avait aucun doute sur le fait qu’ils allaient plaire à son public également.

Pourquoi avoir mis Auto-dance dans cet album ?

Parce qu’il ne l’avait jamais mis, parce qu’il n’avait alors pas les droits dans la mesure où la chanson sample Coldplay. Mais, comme tout le monde avait kiffé et que Coldplay l’a gentiment autorisé, le problème est réglé.

La fille de la piscine… cette chanson m’a trop touchée… c’est une histoire vrai ?

– Vraie ou pas, si t’as ressenti quelque chose, c’est ce que je voulais !

– Mais du coup…?

– C’est pas important en vrai, si ? Ce qui est important c’est que chacun s’y reconnaisse. »

Le maître mot pour qualifier cet album a assurément été l’émotion. On parle de ça. Disiz est-il un mélancolique ou un porteur d’espoir ? Avec des morceaux comme Qu’ils ont de la chance ou, il y a maintenant quelques années, Les moyens du bord, les avis sont partagés, notamment entre l’intention de Disiz et la réception du public. L’enjeu, c’est d’être dans la nuance, toujours. Il veut mélanger les sentiments comme il mélange les influences. Quand je serai chaos témoigne de son goût pour Alain Souchon, pour son humour et son raffinement. Il aime Jacques Brel, Léo Ferré, Daniel Balavoine. Ce sont toujours des influences qu’il peut exploiter pour se renouveler, du point de vue de la musicalité comme des textes.

« Je suis contre les gens qui mettent une date de péremption sur les autres. Là, j’me sens encore chaud » dit-il à propos de Meulé-Meulé et L.U.T.T.E. L’émotion est là, à travers orgueil, la confiance en soi. Il explique que le son Watcha a été sujet à embrouille, pas assez en phase avec la mode rap actuelle selon certains…

 

 

« Est-ce que tu penses que ton public a changé ?

– Non, je pense qu’il y a des mecs qui ont grandit avec moi et d’autres qui s’agglomèrent, ça évolue »

 

C’est vrai que la vibe est contagieuse. Quelqu’un raconte son ressenti à l’Élysée-Montmartre le 12 mai dernier, un plaisir partagé par toutes les générations. Disiz en profite pour aborder la question de la scène. Pour lui, c’est important d’entendre quelque chose de conforme à ce qu’on a aimé sur le disque. La tournée de cet album, il veut la faire à base de concerts « précis et puissants ». Il a l’air d’avoir un projet bien avancé à ce sujet. Reste à savoir si le succès du disque lui permettra de réaliser ses ambitions.

S’il nie avoir adopté un regard nostalgique au moyen de cet album, il explique sa posture. Son environnement, donc son champ de vision, s’est élargi. Là où, avant, les questions sociétales étaient au coeur de ses textes, des questions plus métaphysiques sur le bonheur ou l’existence se font la part belle. « J’ai vu l’envers du décor, les causes et les conséquences ». Il se revendique célinien : il faut traduire la laideur  (et la beauté !) du monde telle qu’on la ressent, pas l’édulcorer.

– J’aurais pas pu être jeune maintenant, j’aurais pété un plomb .

Effaré par la violence des réseaux sociaux, l’obsession d’être reconnu par ses pairs, il parle aussi de ses angoisses.

 

Ça te fait quoi quand t’écoutes tes anciens disques ?

– C’est comme quand tu regardes des vieilles photos, où tu te sentais frais à l’époque, sauf que, maintenant’ tu vois que t’étais mal sapé. Quelques jeux de mots nuls, des positions clichés…

Qu’est-ce qui t’a permis d’assumer cet album ? Qu’est-ce qui t’a libéré du cadre restreint du rap en France ?

– Qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre ? Un autre album de rap ? Non il fallait que j’évolue. »

À la différence des précédents, cet album n’a pas été dirigé par un concept fort. L’artiste a laissé libre cours à la création et a compilé cet album à partir de leur quotient émotionnel.
Une démarche qui lui réussit visiblement bien. Ce qui est important pour lui, de ne pas se cantonner à « une seule voix, une seule voie » et que chacun en soit convaincu pour lui même.

 

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter ?

« Que le disque cartonne, qu’il soit disque d’or ! » Disiz nourrit encore d’autres projets, mais pas pour tout de suite. « J’ai envie d’écrire un film mais là je suis vidé ».

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