Quand elle parle d’elle, elle parle d’elles.

Faits divers : en 2010, à peine âgée de 16 ans, une jeune fille de Rochdale a été prostituée, abusée et exploitée par des groupes d’hommes, bien plus âgés. Les autorités avaient jugé sa situation comme un « choix de vie ».


« L’Une d’elles » c’est la vie d’une jeune fille qui grandit dans les années 1970 dans la région du Yorkshire en Angleterre. C’est l’époque où la plupart des jeunes aiment le punk ou le ska, l’époque de la mise sur le marché de la pilule contraceptive, l’époque où les femmes portent des jeans. C’est l’histoire tragiquement banale de la vie d’Una.
« L’Une d’elles » c’est aussi la vie d’une femme parmi tant d’autres. C’est surtout l’époque où c’est plus simple d’être comme tout le monde, l’époque où la prise de pilule contraceptive n’est bonne que pour les salopes, l’époque où « ce serait bien plus facile, la prochaine fois, si tu portais une jupe. ». C’est en fait l’histoire fatalement pas si ancienne de la vie des femmes.

 

Une bande dessinée bien plus puissante qu’il n’y parait…

Alors qu’elle n’a que 12 ans, l’auteure se forme en tant que femme dans un pays qui connait des émeutes raciales, des grèves à foison, les Hooligans… Mais surtout, elle grandit durant cette période où un assassin sème la panique dans sa région. Il s’attaque principalement à des femmes isolées, en majorité des prostituées. On le surnomme « l’Eventreur du Yorkshire ». La police peine à résoudre l’affaire, clairement dépassée par les événements. Entre 1975 et 1980, treize femmes feront sa rencontre et en perdront la vie. Pourtant dès 1975, une fille de 14 ans, agressée par l’Eventreur mais sauvée par le destin, dressera un portrait-robot qui restera l’un des plus fidèles de l’assassin…

 

Retraçant sa vie dans ce contexte sociétal complexe, Una explique les raisons des ratés de l’enquête. A travers l’image de la femme des années ’70, entre ses nouvelles acquisitions sociales et ses interdits ancestraux, l’auteure soulève des problématiques quant à la place et la liberté sexuelle de la femme, encore à l’heure actuelle non résolues. Avec beaucoup de dignité et de recul, sans jamais dire le mot, l’auteure nous confie ce qui lui est arrivé il y a une trentaine d’années, et se demande si quelque chose a vraiment changé, à part la date… Très bien documentée, l’auteure s’appuie sur des statistiques du degré d’impunité des hommes coupables de féminicides et d’agressions sexuelles. On y apprend, par exemple, que les viols de femmes ont un taux de condamnation moindre que les viols d’hommes, et un taux de condamnation moindre que les autres crimes – non sexuels. « L’Une d’elles », c’est une exploration intelligente de 208 pages sur ce que cela signifie de grandir dans une société où la violence masculine n’est que très rarement remise en question, où la faute repose souvent sur la victime, où l’agresseur se justifie d’être lui-même une victime. Joliment préfacé, ce livre est dédié à « toutes les autres », toutes celles qui, un peu comme elle, n’ont pas été prises au sérieux, voire même ont été blâmées des violences subies. L’auteure, elle, ne blâme personne, elle constate que le changement exige une volonté, de tous : cette bande dessinée est à offrir à toutes les femmes, et les hommes, qui nous entourent.

 

Quelques mots sur Una…

Née en 1962 en Angleterre, Una est artiste, enseignante et auteure de bande dessinée. Ses récits graphiques autopubliés traitent des traumatismes, des troubles mentaux, de l’activisme politique et des violences faites aux filles et aux femmes. Son premier roman graphique, « L’Une d’elles », a été publié en Angleterre en septembre 2015. Elle vit encore dans le Yorkshire où elle travaille sur son prochain roman graphique, « Eve ».

 

 

 

  • « L’Une d’elles », Una, Editions Cà et là, 208 pages, 20 euros.

 

A vite vite,
Cégé.

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