Le Point Cinoch’- Les Fantômes d’Ismaël

Les Fantômes d’Ismaël – © Jean-Claude Lother -Why Not Productions

Les Fantômes d’Ismaël, c’est le dernier film d’Arnaud Desplechin, présenté en ouverture du festival de Cannes (ouais c’est un peu la classe). Après avoir entendu quelques interviews et lu quelques articles, je me suis dit que ce dimanche ensoleillé était idéal pour aller m’enfermer dans une salle obscure pendant deux heures et mater LE film dont tout le monde parle en ce moment.

Le pitch

C’est l’histoire d’un mec, Ismaël (joué par Mathieu Amalric), dont la femme (Marion Cotillard) a disparu. Alors oui, quand je vous dis ça comme ça, vous vous dites sûrement que ça pourrait être le début d’un bon milliard de films qu’on a vus et revus le dimanche soir dans le canapé familial. Sauf que là, au bout d’une vingtaine d’années, la femme en question revient, et c’est bien embêtant parce qu’Ismaël avait fini par jeter son dévolu sur une astrophysicienne vachement bonasse (Charlotte Gainsbourg). Et puis surtout tout le monde la croyait morte Carlotta (oui comme dans OSS 117, m’en parlez pas, j’ai eu la référence en tête pendant toute la séance). Alors Ismaël ça le fout en rogne, il est tout perturbé et il rame pour terminer l’écriture de son film – on peut le comprendre, pauvre bichette. Il va donc lui falloir gérer la violence de ce retour inattendu, et choisir entre l’ex qui l’a littéralement ghosté ou l’actuelle qui est carrément jalouse.

Et alors, du coup, c’est bien ?

Oui, c’est bien, parce que : ce film est fait de récits croisés, entre l’histoire qu’écrit Ismaël, qui traite elle-même de la vie de son frère Ivan, ou encore la narration des années que Carlotta a passé loin de lui… on navigue en permanence entre imaginaire et réel, si bien qu’à la fin on ne sait plus tellement quelles vies ont été rêvées et quelles vies ont été vécues, mais c’est doux de se laisser porter par les états d’âme des personnages. Le rapport au songe est très important : Ismaël souffre d’une maladie dégénérative dont j’ai totalement oublié le nom et qui lui fait faire des cauchemars atroces dès qu’il ferme les yeux. Alors nous, spectateurs, qui assistons au retour de l’ex femme prodige, finissons par penser que peut-être tout ça n’est qu’un cauchemar de plus, sorti de l’esprit du réalisateur, décousu, douloureux. Cette espèce de questionnement permanent force la concentration.

Et puis, dans Les Fantômes d’Ismaël, il y a aussi quelque chose qui traite du besoin qu’on a des autres parfois, et c’est un sentiment auquel on peut facilement s’identifier : on a tous été un jour dans cette position de dépendance, voire de co-dépendance vis-à-vis d’une personne aimée. Desplechin présente les émotions des personnages avec beaucoup de pureté : ils vivent tous très forts et peuvent passer d’une colère capricieuse à une joie surprenante, comme des enfants. Ça fait de ce film une œuvre touchante, parce que criante de simplicité et de vérité. Et avouons le, Amalric c’est le daddy qu’on a hyper envie de prendre dans ses bras et de consoler.

Bon, ne vous méprenez pas, il y a aussi des choses que j’ai moins aimé. Le côté méta cinéma est un peu énervant : oui, on a compris que les réalisateurs étaient des êtres torturés qui couchaient avec leurs actrices et avaient un penchant un peu trop prononcé pour l’alcool. On peut regretter donc l’égocentrisme de la trame, qui conduit à une fin poussive, moins attachée à l’évolution des relations entre les personnages qu’à la question « Ismaël va-t-il réussir à le terminer, son petit bijou cinématographique ? ».

Un petit mot pour finir ?

Allez le voir au cinéma, le prix de la place est amplement justifié par les dix secondes magiques où Marion Cotillard apparaît entièrement nue sur grand écran.

Allez, à bientôt les déglingos !

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