Le Point Cinoch’ – L’Amant double

 

On continue notre sélection cannoise pour nous intéresser au dernier film de François Ozon, L’Amant double, sorti au cinéma le 26 mai dernier. Si tu es en train de me lire et que tu es un enfant des années 90 (d’ailleurs même si tu es plus vieux hein, y’a pas de honte), le film que tu auras sans doute retenu de Tonton Zonzon c’est Huit femmes, ce merveilleux huit clos nominé pas moins de douze fois aux Césars de 2003.  Douze, c’est aussi le nombre de films et court-métrages qu’il aura réalisé depuis, mais cette fois le François frappe fort, très très fort.

 

C’est quoi l’histoire ?

Il y a Chloé, jouée par une Marine Vacth d’une beauté intergalactique,  et il y a Paul, interprété par le plus kiki des belges Jérémie Renier. Chloé ne va pas bien, elle est seule, sans emploi, triste et elle a mal au bidou, alors elle décide d’aller voir un psy. C’est Paul qu’elle trouve, éclatant de blondeur et tout disposé à l’écouter s‘épancher sur la difficulté d’être une bonnasse sans nom. A priori tout va bien jusqu’à ce que, oups, blondinet tombe amoureux de Princesse Sarah. Forcément, impossible de continuer la relation patient / soignant, ils passent direct au stade d’amants (les coquinous) et ils finissent même par emménager ensemble. Chloé trouve un mi-temps dans un musée, ses maux de ventre ont cessé, Paul travaille beaucoup à l’hôpital mais ils arrivent quand même à passer du temps de qualité tous les deux, à base de petits plats maison et bouteilles de vin hors de prix. Tout va bien dans le meilleur des mondes, donc. Là dans la salle on commence à se poser des questions : on n’a pas payé dix balles la place pour un énième film à l’eau de rose et… ah, non pardon, ça y est, on y est ! En repartant en bus du musée, Chloé croise celui qu’elle croit être son amant et qui se révèle être le frère jumeau caché de celui-ci. WARNING – C’est maintenant que ça part en cacahuète : elle le rencontre lui, le double ténébreux, torturé, ils font des trucs sexuels un peu dark et elle se retrouve tiraillée entre Jumeau n°1 et Jumeau n°2 (qui nie l’existence de Jumeau n°1).

 

Si tu aimes les poupées russes (l’objet hein pas le film de Klapisch), L’Amant double est fait pour toi

On est habitué aux films à tiroir avec François Ozon. Ici, le mot d’ordre plus que jamais est de ne pas croire tout ce qu’on voit. Le réalisateur nous tient littéralement en haleine tout au long du visionnage par une atmosphère extrêment tendue, comme si une bombe prête à exploser se cachait dans un recoin de l’écran à chaque instant. Même les moments de bonheur sont douloureux sans que l’on sache vraiment pourquoi. On le sent qu’on est manipulé, mais impossible de mettre le doigt sur ce qui cloche réellement. C’est à la fois rageant et excitant de se perdre à ce point dans la psyché de Chloé, dans ses mensonges qui crient tous une vérité qui nous échappe. Spoiler alert : cette vérité est dévoilée à la fin, mais on ne se sent pas soulagé pour autant (je préfère prévenir). À la mode d’un Shutter Island, presque d’un Mulholland Drive (ou d’autres films au titre anglais en deux mots), le twist final nous donne envie de courir au guichet, de claquer de l’argent qu’on n’a probablement pas et de prendre un billet pour la séance suivante.

D’un point de vue très personnel L’Amant double m’a bouleversée, mais je crois aussi que quelque chose d’universel s’y joue dans le rapport que nous avons au mensonge. Que nous ayons foi ou non en ce que nous voyons à l’écran, ce film touche un point sensible : nous nous construisons dans les regards des autres – pas exclusivement mais grandement – et parfois nous perdons ce que nous croyons être l’essence même de notre personne, ou de ceux que l’on aime. Malgré quelques images over téléphonées (cf. l’escalier en colimaçon et la multiplication des miroirs – donc des reflets – quand Chloé va chez le psy, thank you Captain Obvious), François Ozon nous offre une exploration de l’esprit humain brillante,  perturbante et passionnante. On y va, donc !

 

Bisous bisous les canaillous !

 

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