Relire l’Histoire : BEM-VINDO AO BRASIL.

Créé au 17ème siècle par des esclaves fugitifs dans le Nord-Est du Brésil, Palmares, aussi appelé Angola Janga, est aujourd’hui un symbole de fierté dans la mémoire collective des Afro-Brésiliens.

 

 

Un peu d’Histoire pour commencer

 

Pour comprendre comme il faut « Angola Janga » de Marcelo D’Salete, on va resituer un peu le contexte, le lieu, l’époque.

Vers la seconde moitié du XVIe siècle, pour satisfaire la culture et la gestion des grandes plantations seigneuriales/coloniales de canne à sucre, le business de l’époque au Nord-Est brésilien, le « trafic négrier » commence. On décide donc d’importer des esclaves d’Afrique. Issus entre autres des royaumes des actuels Angola et Congo, ils sont des millions, pendant des siècles, à être soumis par la force. Profitant des conflits entre les puissances coloniales, des esclaves fugitifs se sont établis dans l’état du Pernambouc à Palmares (nom portugais simplement donné en référence au grand nombre de palmiers de la localité). Plusieurs villages, fédérés entre eux et rassemblant plusieurs milliers de personnes, se sont constitués.

Palmares est un Mocambo – qui signifierait « cachette » -, c’est-à-dire un peuplement d’esclaves noirs fugitifs fondé dans le Nord-Est de la colonie portugaise du Brésil (récemment on parle de Quilombo). Palmarès était elle-même surnommée par ses habitants Angola Janga, littéralement « la petite Angola ».

Aucun autre Mocambo n’atteignit la taille de Palmares, où vivaient plusieurs milliers de personnes. En cherchant à s’articuler dans des groupes et à constituer des espaces où sont décidés l’organisation et la division du travail, ces personnes ont lutté contre un esclavage hiérarchique et totalement basé sur la violence. Cible de la haine des colons, c’était aussi un symbole de liberté pour les esclaves jusqu’à sa destruction en 1695.

Son plus grand roi, Zumbi, est devenu une véritable légende. On sait qu’il joua un rôle central du milieu des années 1670 jusqu’à la disparition de Macaco, la capitale. Néanmoins, des incertitudes demeurent sur ses origines. Il est décédé le 20 novembre 1695. Cette date est célébrée chaque année comme la Journée de la Conscience Noire. Il est important de souligner que l’histoire de Palmares dépasse celle de ce chef le plus célèbre. Nombreux sont les protagonistes à avoir façonné cette histoire, par leurs actions, leurs désirs, leurs angoisses, leur engagement dans les conflits qui faisaient rage…

 

L’épopée d’une incroyable résistance

 

Ce livre ne raconte pas l’histoire, mais une histoire de Palmares. Il renvoie à la possibilité d’interpréter et de réimaginer des faits. Grand roman historique, « Angola Janga » dresse le portrait d’un moment décisif de l’histoire du Brésil et une épopée qui dévoile l’incroyable résistance de ces hommes et femmes insoumis. Sous forme de roman graphique, Marcelo D’Salete dessine et raconte l’histoire de personnages noirs tels que Zumbi, Antônio Soares, Ganga Zumba et Ganga Zona.

Après 11 ans de recherches, Marcelo D’Salete nous raconte l’histoire de cette rébellion, une référence majeure de la lutte contre l’oppression et le racisme au Brésil. Les documents témoignant de cette période concernent principalement les dernières décennies de cette bataille : témoignages de soldats, d’officiers, de maîtres de moulins, de gouverneurs, de prêtres. Autrement dit, des personnes qui étaient clairement partie prenante dans la destruction de Palmares. Cette BD rend un récit tenant compte du point de vue des Palmaristas : la fiction joue un rôle important, c’est grâce à elle que nous pouvons franchir les obstacles et rejoindre, par l’art et la poésie, ces hommes et ces femmes. Les annexes de ce roman graphique sont une vraie mine de savoirs et permettent d’approfondir cette période complexe.

Ces histoires, ces récits avec des personnages noirs au premier plan, parlant de leurs angoisses, de leurs perquisitions, de leurs doutes, sont encore quelque chose de peu visible pour une grande partie du public brésilien. Selon Marcelo D’Salete c’est une stratégie de discrimination très forte que de ne pas donner d’identité à ces personnes. Même après l’abolition, les gens ont vécu un moment de véritable sous-citoyenneté pour une grande partie de la population noire et pauvre du pays. Cette sous-citoyenneté vient beaucoup de cette idée de ne pas chercher à comprendre ces personnes en tant qu’êtres humains, avec leurs volontés, avec leurs peurs et leurs problèmes.

 

Et maintenant ?

 

Aujourd’hui encore, les descendants des communautés ayant vécu dans les nombreux Quilombos du Brésil se battent pour être reconnus comme les légitimes propriétaires de leurs terres. Les Quilombos contemporains sont menacés par les grands propriétaires fonciers et les entreprises. Ils sont menacés, mais ils résistent…

 

Marcelo D’Salete

Né en 1979, Marcelo D’Salete est auteur de bandes dessinées, illustrateur et enseignant. Il vit à Sao Paulo, où il y a suivi des études de design graphique à l’université de Sao Paulo. Diplômé en beaux-arts et titulaire d’une maîtrise en histoire de l’art, il a illustré de nombreux livres jeunesse et participé à plusieurs anthologies et revues de bande dessinée, dont « Front », « Graffiti », « Suda Mery K ! » (Argentine) et « Stripburger » (Slovénie). Son travail a été présenté dans plusieurs expositions au Brésil, en Argentine et en Espagne. « Cumbe », publié en 2014 au Brésil est son troisième livre, après deux autres recueils d’histoires courtes « Noite Luz » (Lumière de Nuit, 2008) et « Encruzilhada » (Carrefour, 2011).

 

 

  • « Angola Janga » de Marcelo D’Salete, (titre original : « Janga, uma historia de Palmares »), traduction de Dominique Nédellec, Editions Cà et Là, 432 pages, 24 euros.

Cégé

 

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