La revue musicale du printemps : plongée sous marine

Le printemps est là, à l’aube du 20 mars qui se fait désirer, à Paris la température frôlait les 17 degrés dimanche. On ressent la fièvre estivale qui s’empare à nouveau des quais, des rues et des terrasses. Une molle tiédeur qui nous rend plus heureux, parce que c’est bien connu, le printemps a ce pouvoir libérateur. Avec le retour du soleil et la mise au feu des gros manteaux dans lesquels on s’engonçait il y a deux semaines sous les -10°c et la neige de Montmartre, on ne compte plus les « ça sent l’été ! » sur la terrasse de Chez Prune rue Beaurepaire.

 

Le temps est clair, le temps est bon chante Isabelle Pierre, et on pense aux virées des nuits de juin déjà, et surtout, on refait ses stocks musicaux, ses incontournables des beaux jours. La playlist du cœur de l’été passé, on la repasse comme une madeleine de Proust en se rassurant déjà que les prochaines vacances arrivent, et que cahin-caha on ira tous, ce soir, danser le mambo au Royal Casino sous les lambris rococo de Niagara.

Aujourd’hui on ne va toutefois pas rester lézarder sur une plage de sable blanc, on se mouille.

On plonge sous les eaux grâce à une petite concoction de morceaux tirés de la French Collection cru été 2017 mais pas que, on vous propose de re-découvrir ces pépites aquatiques made in France. Un ensemble d’univers oniriques pour nous porter tout doucement vers la tiédeur du mois d’avril…

Mais avant d’aller à la plage on tâte la température de l’eau. Peut-on faire de la musique sous l’eau d’ailleurs? La réponse est oui pour le groupe danois Aquasonic. Lors de performances sur scène, les musiciens sont plongés en apnée dans de larges aquariums, et grâce à des instruments créés spécifiquement pour résister à l’eau (comme l’hydraulophone, un orgue à eau), le groupe entonne un live sous-marin unique.

Le temps semble s’être figé sur scène, quand la musique à demi relaxante, à demi terrifiante parvient jusqu’à nos oreilles. Dans les eaux, le liquide donne une portée différente à la musique , il étouffe et freine la propagation sonore. Des hydrophones (micros qui captent la musique dans l’eau) amplifient les ondes et permettent de rendre la musique audible et claire. En somme, une expérience étonnante et un nouveau lyrisme subaquatique qui permet d’introduire notre playlist sous-marine.

Après le Danemark, on s’autorise une autre petite entorse à notre sélection française avec le groupe britannique Son Lux, fraîchement de retour à La Cigale le 19 février dernier, pour jouer leur nouvel album Brighter Wounds et le sublime titre qui nous concerne Aquatic.

 

Pour faute de distiller une drogue liquide et sonore à consommer sans modération, Aquatic résonne comme une perle d’eau douce inoffensive. On se noie profond dans la réverbération solennelle du morceau et le chant envoûtant et poétique annonce par à-coups :

You won’t find me where I fall
We may all begin aquatic

 

Chez La Femme on fait des vagues dans l’océan Atlantique, et on s’enivre à nouveau avec la voix délicieusement vaporeuse de Clémence Quélennec sur Vague de l’album Mystère sorti en 2015. Composé comme une pièce d’œuvre d’art aux diverses fluctuations, un titre de 13 minutes et 2 secondes qui a le temps de vous cheviller au corps sans vous faire boire la tasse. Une entrée toute en douceur au fond d’un océan psychédélique propre à l’identité du groupe. Sans vaciller pour autant, la vague nous entraîne dans les eaux par une décharge électrique, un écho Pinkfloydien au loin, et soudain on se laisse porter par les flots à coup de loops vibrants, qui se diluent dans un océan de quiétude.

 

 

Avec son nouvel album Matahari, L’Impératrice sait se renouveler en 2018. Sans oublier pour autant Aquadanse de l’album Sonate Pacifique (2014). Scaphandre ou combinaison d’astronaute ? Le groupe brouille les pistes quant au chemin à prendre. Dans une sorte de voyage spatial et marin, ce qui est sûr, c’est que son timbre disco nous donne envie de troquer notre queue de poisson contre des jambes humaines et une tenue à paillettes.

 

 

Côté indé des indé, tout en instrumental et ponctué de voix briguées par l’eau salée, Faire nous parle de sa Méditerranée dans l’album C’est l’été sorti en 2017. De quoi remuer un peu les corps dans une valse à contre-courant, électrisante comme on les aime. Le groupe encore assez méconnu, rattaché au même label que leur copain ci-dessus: Microqlima, on leur style bien à eux, coloré et décalé, au look de leur « Psy Wave » effronté.

 

 

Et c’est avec Polo & Pan que l’épopée des fonds marins se termine.On ne les présente plus, le duo électronique favoris de l’été 2017 libère les sirènes dans Aqualand. Au son d’un orgue méta-aquatique, dont les sonorités semblent tout droit empruntées à celui de Zadar, sur la côte dalmate de Croatie, les êtres marins nous intiment de venir les rejoindre dans les abysses.

 

« Nous ne nous verrons plus sur terre» déclame Feu! Chatterton dans Souvenirs… Peut être sous les mers, alors, prêts à plonger ?

 

Estelle MP

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