S. Pri es-tu là ?

Malick Mendosa, plus communément connu sous le pseudonyme S.Pri Noir, aurait paradoxalement tout aussi bien pu s’appeler S.Pri Clair. Tant ses textes sont imprégnés d’un discernement aussi violent que bouleversant. Ce passionné de musique, cofondateur du label indépendant Nouvelle École puise sa force dans la sagacité de son art. Dans un contexte musical où les artistes ont du mal à se démarquer, S.Pri noir a toujours été de ceux qui dansent au rythme de leur propre musique. Après deux EPs solos (00S Licence to kill en 2014 et Le monde ne suffit pas en 2015) et de nombreuses collaborations à son actif, le rappeur semble enfin avoir trouvé son cheval de bataille et promet de retourner 2018 avec un album très anticipé.

 

Du kickage pur (Kestupeufaire) au morceau introspectif au moyen d’un refrain entêtant (La Nuit) au tube dancehall de boîte nuit (Baby gyal), Malick manie l’art de ne jamais tourner en rond. Son principal atout réside dans sa capacité à décrire une réalité crue, avec la maîtrise des mots qui sonnent justes. Il l’affirme lui-même dans son morceau avant-gardiste Skywalker, « même fucked up il est précis ». Il décrit un Paris que personne ne connaît, un « Paris en feu et démuni », le tout avec une lucidité impressionnante. Du marasme du quotidien d’un quartier populaire Parisien, aux soirées branchées entre potes : il traite les deux thématiques avec la même clairvoyance déconcertante.

L’esprit d’équipe.

Sans doute bercé par l’ambiance des terrains, habitué à être poussé par la force du groupe, cet ancien champion de France de football américain est loin de se la jouer perso. Les collaborations ont toujours été partie intégrante de sa direction artistique.  Sa bande de potes est composée entre autres de Still Fresh, membre important de la structure Nouvelle École avec qui il s’associe plus d’une fois : en 2012 ils sortent un EP commun et vous ont sûrement fait danser tout l’été 2016 avec le morceau Demande-moi. Parmi ces acolytes on retrouve également les membres du collectif 1995 dont Nekfeu, qu’il accompagne sur le tube Ma Dope et Sneazzy, lequel partage avec lui l’affiche du S&S Tour. Les 3 amis se retrouvent d’ailleurs dans Saturne issu de Cyborg, l’album surprise de Nefkeu acclamé par la critique. Toutes ces collaborations témoignent de sa polyvalence et son aptitude à s’adapter à l’univers de la personne qui l’invite : tel un caméléon, c’est un S.Pri différent mais complémentaire, que l’on retrouve au fil des chansons.

 

 Un magicien sans baguette 

L’ambition du jeune parisien s’est toujours ressentie par la régularité et la constance de ses projets. Souvent à contre-courant, 2017 a sonné un tournant grâce la sortie de deux titres disruptifs : Highlander (un Mask Off à la française, immaculé de l’instru à l’écriture) et Skywalker (un témoignage acéré sur une production aérienne signée Hugz Hefner et Reek Starcks), extraits de son album à venir. Ces deux morceaux affirment le franchissement d’une étape supérieure. La direction artistique est soignée jusqu’au moindre détail, S.Pri revendique une esthétique qui lui est propre. Un nouveau cap qui semble porter ses fruits, la comédienne et réalisatrice Nawell Madani n’a pas su rester indifférente face à son talent. Après avoir fait figuré deux de ces morceaux dans la bande originale de son premier film C’est tout pour moi, elle lui propose un rôle dans son prochain projet. 2018 promet donc d’être une année charnière dans la carrière du jeune artiste : un album attendu par beaucoup et une immersion dans le 7ème art, avec la ferme volonté, c’est le cas de le dire, de marquer les esprits.

 

Eden Kuvula

 

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