La saison des femmes, c’est maintenant.

La saison des femmes, c’est maintenant.

 

C’est dimanche soir. Dimanche soir, on a bien envie de se faire un film. Mais lequel? Quand on a épuisé tout le catalogue des incontournables, des dernières sorties que l’on s’est tapés au cinéma pour la modique somme de 7,90 et qu’on a déjà regretté d’avoir fait chauffer sa bourse pour ça.

Un film plutôt drôle, mais pas versé dans les Tuches non plus, plutôt touchant, mais pour La liste de Scheindler on repassera (demain c’est lundi et il faudra quand même faire bonne figure).

Une soudaine envie de voyager nous prend, un voyage loin, coloré, aux paysages exotiques. L’Inde? Un Bollywood? Trop long. Alors en cherchant un peu on tombe sur ce titre: La saison des femmes (Parched en anglais).

 

Réalisé en 2015 par Leena Yadav, La saison des  femmes se révèle être un sacré coup de poing cinématographique, une véritable pièce rare du cinéma indien. Lauréat de cinq festivals, il rafle notamment le prix de l’impact au Festival international du film de Stockholm l’année de sa sortie.

 

Le film se déroule au cœur d’un village de l’État indien du Gujarat, où les traditions patriarcales semblent perdurer depuis toujours. Rani, une veuve d’une trentaine d’années, cherche à marier son jeune fils afin de pouvoir être aidée à la maison. Un récit de femme entrecoupé par celui de Lajjo, son amie, une femme stérile condamnée à ne pas avoir d’enfant et à vivre avec son mari alcoolique et violent. Enfin Bijli elle, également amie de Rani, est la danseuse libérée du cabaret itinérant de passage au village, se prostituant auprès des clients. Dans cette petite société rurale, les trois amies vont se retrouver devant divers injustices, qui, longtemps ancrées dans les mentalités, commencent à être remises en cause, perturbant l’ordre moral établi.

La Saison des femmes est inspiré par un village que Leena Yadav a visité en 2012. Dans l’air du temps, ce film travaillé tant sur le fond que sur la forme, loin d’une simple revendication féministe, est un film humain, sur la liberté des êtres et de l’esprit, la décantation des mœurs et le droit d’être maître de sa vie, et c’est là où le thème acquiert son universalité.

« Avant d’apprendre à être un homme, apprends à être humain » osera avancer Rani à son fils qui, une fois marié, sombrera dans l’alcool et la violence, comme un triste cycle qui se répète.

 

Servi par un trio éblouissant d’actrices, La saison des femmes met au placard les ingrédients du traditionnel Bollywood et des histoires d’amour idéalisées dans une société indienne à mille lieues de la réalité. La mise en lumière de trois générations de femmes, (Rani, sa belle-mère et sa belle-fille), mets en lumière le poids des coutumes qui se répètent sans jamais ouvrir la liberté aux femmes, du mariage forcé à la violence muette. Ces portraits attachants, criants de vérité, ébranlent la norme tout en évoluant au cours du film.

 

Côté image, La saison des femmes est amené dans un décor pauvre, celui d’un village désertique et archaïque de l’Inde rural. La réalisatrice apporte alors un éclat tourbillonnant de tissus flamboyants, par les tenues traditionnelles, les saris, les bijoux, tant et si bien que le tableau du paysage s’efface pour laisser la part belle aux tenues incandescentes des femmes indiennes, ode à leur beauté particulière. Percutant avec cette finesse graphique, le film signe avec Hitesh Sonik, une bande originale époustouflante, encore une fois la musique indienne traditionnelle. Délivrant qu’entre la magnificence de la culture indienne et la cruauté du traitement de la femme, il semble y avoir un grand écart. Mais ce qui reste le plus étonnant c’est que le sujet est abordé d’une manière qui mêle l’humour, les moments de joie, et célèbre l’amitié et l’amour sincère, alternant avec la violence crue. En soi une fresque burlesque dramatico-comique sur une réalité qui dépasse toute frontière, et dont la réalisatrice, tend par la culture, à donner une voix à ces femme qui aujourd’hui encore sont muselées, dans un pays où naître fille est une condamnation.

 

 

 

Estelle M.P

 

 

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