[INTERVIEW x Senamo] – « J’ai appris que le public était très exigeant »

 

Rappeur Bruxellois, Senamo s’est fait connaître grâce à ses titres phares comme « Dans le sofa » et « Etats d’âme ». Il est issu du groupe La Smala qui vit le jour en 2007 et continue de faire le tour de la France et des festivals comme à Dour pour défendre ses projets.

Peux-tu nous parler de ton groupe La Smala et du documentaire qui sortira en 2015 ?

La Smala c’est un groupe de rap bruxellois composé de 6 personnes, Dj x-men, Rizla , Seyté, F.L.O , Shawn-H et moi-même. On rap ensemble depuis 2007 sous le nom de La Smala, on a sorti 3 Net tape gratuites (On est la la, Volume 1, 2, 3) puis des projets solos. L’année passée, on a sorti un projet payant qui s’appelait  « un murmure dans le vent » et là on sort un nouveau projet, qui est la suite et qui s’appelle « un cri dans le silence ».
Le documentaire retrace l’enregistrement et la tournée d’«un murmure dans le vent.» L’équipe de 7ème thème nous a suivi pendant 1 an et nous a interviewé nous et des proches de nous. Vous pouvez retrouver le DVD sur le CD « un cri dans le silence ».

Quelles sont tes influences dans le rap ?

J’ai pas mal d’influences françaises, style l’époque des zakariens, Sakage Kronik , ou même plus ancien, Beat de Boul, le premier album de Salif, des ricains aussi, ça peut aller de non phixion à Action Bronson, Necro ou Loot Pack. C’est assez varié, après j’aime la musique en général, j’essaye le moins possible de me réduire au rap, malgré que cela prenne une grande place dans ce que j’écoute.

«Et depuis tout petit j’parle à ma feuille, ça m’aide plus qu’un thérapeute » (Face à ma feuille), pourquoi as-tu choisi l’écriture comme exutoire ?

Disons que les éléments autour de moi, ont fait que ce milieu me parle, j’aime la musique, j’aime lire et j’ai toujours aimé les mots, leurs significations. On a de la chance d’avoir la langue française, qui est une langue riche et variée, on peut tout dire de mille manières différentes. Puis de mon point de vue, le rap est la continuité la plus logique et la plus directe si tu veux t’exprimer et dire ce qu’il te passe par la tête à notre époque.

 

Le rap belge ne cesse de prendre de l’ampleur, que ce soit La Smala, Caballero, Youssef, et notamment Give me 5, y’a-t-il une différence entre le rap, que ce soit l’écriture ou les flows, en France et en Belgique ? Et le public ?

Non, perso le rap français a plus influencé le rap belge que le contraire, mais je dirais qu’on a toujours réussi a mettre ça à notre sauce,puis petit à petit s’influencer entre nous, jusqu’à obtenir un résultat propre à nous, pouvant toucher les gens extérieurs. Après niveau flow et écriture, il y a des similitudes partout et en même temps chacun a sa touche personnelle. La France est plus grande donc c’est logique que tout y soit amplifié. Ça nous permet aussi à nous de pouvoir rayonner plus facilement, vu le nombre plus réduit de personnes. Après niveau public, je trouve que les français sont plus ouverts. En Belgique on est trop fermé à la nouveauté, c’est dommage, mais ça va venir, petit à petit les gens s’ouvrent.

Même si le projet Des lendemains sans nuages présente quelques sons plutôt joyeux et léger comme Dans le sofa, dans le fond, le projet est quand même sombre avec une touche de pessimisme, avec des sons comme Face à ma feuille  Etats d’âme…pourquoi un tel pessimisme ?

En vrai dans la vie de tous les jours, j’suis plutôt un gars optimiste. Ce qu’on peut voir comme du pessimisme à mon sens, c’est plus du réalisme. Après tout est une question de point de vue, peut être que c’est aussi une manière d’extérioriser mes mauvaises impressions et de repartir dans la vie de tous les jours sur des avis plus positifs. En soit,  je trouve que le monde n’est pas au top, notre mode de vie non plus, nos valeurs sont assez plates, je retranscris un peu ça.

On sent dans ton rap, une certaine influence de l’univers Japonais et de ses mangas, tu en as notamment fait un son : Santôryû, morceau dans lequel tu enchaînes les références de DBZ à Miyazaki, un vrai melting pot de mangas… peux-tu nous en dire plus sur ce monde qui te tient à cœur, et ce qui t’inspire dans les mangas ?

C’est générationnel, depuis tout petit je regarde des mangas. Je trouve qu’il y a un sens justement, des valeurs poussées à l’extrême et qui en soit est une forme d’éducation parallèle. Le sens du sacrifice, du devoir, l’importance de la famille, des amis. J’ai pas l’impression que les dessins animés de maintenant, apportent un tel message. Et au delà de cela, j’aime les dessins, les combats etc..Le japon en soit, est un pays qui me fascine.Tout est plus rapide chez eux, on est un peu au Moyen-Âge ici.

Tu serais plus, la sagesse mais la flemme de Shikamaru, ou le côté trop borné mais déterminé de Naruto ?

Ahahaha, aucun des 2, en vérité je serais plus Madara qui vient foutre un vrai bordel dans toute cette merde

Dans vos récents clips avec La Smala, on sent que les clips sont plus travaillés, avec parfois un petit scénario, pourquoi un tel effort dans l’esthétique de vos vidéos ?

Disons qu’à l’heure actuelle, c’est super important d’avoir un bon visuel, d’avoir le souci du détail. Puis vis-à-vis de nous même, on aime bien les belles choses donc on essaye de faire pareil, de manière plus ou moins réussie. On aimerait toujours travailler, encore plus , aller encore plus loin, mais c’est une question de budget.. Faut parfois faire simple et efficace, plutôt que compliqué et mal fait.

Quels seraient tes tops 3 en : films, séries et mangas ?

En film: Old boys la version coréenne , american history x et l’étrange noël de Mr Jack
En série : les sopranos, true detective et the wire.
En manga : One piece, l’attaque des titans, death note et yu yu hakusho (j’étais obligé d’en mettre un 4 ème.)

Avec quel artiste, rap ou non, aimerais-tu collaborer ? Tu roules avec qui pour les instrus ?

En rap aucune idée, il y a pas mal de mcs que j’aime, après c’est une question de feeling, de moment. En Beatmaking je suis toujours curieux d’écouter plein de prod, malgré le fait que je sois déjà bien entouré avec les gars de ma team Killodream, ou Le 16, Jean Jass, Mani Deiz et j’en oublie sûrement.

Qu’as-tu appris de ta collaboration avec Neshga sur le projet Sennes, qui est je trouve, plus musical que tes anciens projets ?

J’ai appris que le public était très exigeant, que quand on lui proposait des choses différentes il était pas forcement réceptif, après des gens ont aimé, sur le moment j’ai eu envie de taffer avec Neshga, sur ce genre de prod et voilà il n’y a pas plus de calcul que ça. Au final, c’était une libération de lâcher le projet et de pouvoir me dire qu’on avait été exploré des sonorités moins classiques pour le rap. J’aime vraiment la diversité des choses et j’aime pas du tout être cloisonné dans un style et le rap je trouve, permet d’aller plus loin que ce que l’on pense.

 

James Deano, étant Belge, a-t-il influencé ton écriture, voir fait émerger ton envie de rapper ?

Etant plus jeune, j’étais un grand fan de James Deano, il m’a montré qu’être blanc et belge, pouvait rimer avec faire du rap. Sinon niveau rap, il a sûrement dû m’influencer inconsciemment mais d’autre mcs ont eu plus d’impact sur mon écriture , genre Scar Logan ou Saké.

« 2011.. c’est là que tout commence ». 4 ans après, en 2015, quel bilan peux-tu faire de ton parcours et celui du rap ?

J’ai envie de te dire « 2015 c’est la que tout commence…vraiment ». Mon bilan est positif, on grimpe les échelons de plus en plus, on a fait plein de sons, visité plein de villes, rencontré des gens, le rap m’a permis de vivre plein de choses
Après je suis un éternel insatisfait et c’est surement ce qui me tuera. Mais au delà de cela, je me rends compte de la chance que j’ai de pouvoir vivre ce qu’on vit mes potes et moi. Donc je remercierais jamais assez mes parents de m’avoir conçu ahahah. Bon boulot les darons.

Quels sont tes projets à venir ? Et avec La Smala, après avoir défendu votre album Un murmure dans le vent, d’autres projets en vue ?

Disons que là, je suis sur un projet avec Seyté et Mani Deiz, on ne sait pas encore quand il sort, on se laisse le temps de voir les choses, moi en solo ce sera après. De nouveau en prenant mon temps, je veux que les choses soient bien faites. Avec La Smala, le futur c’est la tournée qui se passe maintenant en France, défendre notre projet, les festivals et après on verra ce que ça dit.

Le mot de la fin ?

Cimer a ceux qui lisent l’interview. Restez vifs et agiles tels des guépards dans la savane.

 

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