Shéhérazade, le premier film de Jean Bernard Marlin

Zachary sort de la prison pour mineurs et retourne dans son quartier à Marseille et cherche à gagner un peu de thune pour subvenir à ses besoins entre le foyer qui l’étouffe et une mère absente. C’est alors qu’il rencontre Shéhérazade, une fille qui était dans le même collège que lui et qui aujourd’hui se prostitue. Commence alors une histoire d’amour entre ces deux-là, sans doute rapprochés par la fragilité de leur situation de vie respective.

Le premier long-métrage de Jean-Bernard Marlin paraît commencer comme tout bon film sur des jeunes de banlieue. Mais il réussit avec une grande énergie et un scénario parfaitement ficelé à sortir de cette étiquette pour livrer un regard neuf, à hauteur de ces jeunes.  Shéhérazade nous emporte parce que son histoire dépasse son cadre géographique, devient une tragédie amoureuse dont l’universalité transparaît dans les valeurs qui la sous-tendent.

Dylan Robert (Zachary), Kenza Fortas (Shéhérazade) – Source : Télérama

On s’attache rapidement aux personnages principaux, interprétés par Dylan Robert et Kenza Fortas, repérés lors de castings sauvages… et assez proche de leurs personnages puisque les deux acteurs étaient dans le même collège et Dylan sortait tout juste de prison. Ce tournage a été une révélation pour eux qui espèrent bien faire de comédien leur métier. La justesse du jeu vient sans doute en grande partie des dialogues qui mettent à profit le langage et le vocabulaire argotique de façon très naturelle.

Source : Festival du film de Hambourg

Ce film possède une violence intrinsèque, qu’elle soit verbale ou physique, par les sujets qu’il traite de façon crue, notamment la prostitution. Celle-ci (et dans une moindre mesure les transidentités) n’est à aucun moment jugée, mais réfléchie à travers les personnages. Zachary, qui déclare au début du film « je respecte les femmes, mais pas les putes », va au contact de ces femmes apprendre à connaître leur condition, leur normalité, leur humanité et son regard en sera bouleversé, l’écartant à jamais de ses anciens potes du quartier. Cette violence est prise à revers dans l’image, selon la volonté du chef opérateur Jonathan Ricquebourg, qui adopte une lumière douce, joue sur une dichotomie entre le bleu et le jaune et se place très loin d’une esthétique réaliste pour assumer l’onirisme de cette relation. Les nuits sont notamment éblouissantes avec les lumières des phares qui bavent. La mise en scène nous place souvent dans des espaces exigus, proche des personnages et les contrastes forts laissent l’obscurité se mouvoir dans le cadre, créant des espaces d’intimité lumineuse.

En salle depuis le 5 septembre, je vous conseille vivement Shéhérazade qui mêle avec habileté action, émotion et réflexion sur la famille, l’amour, le respect.

 

Corentin

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