SOLIDAYS 2018: Les 20 ans d’un festival solidaire

En 1999, Luc Barruet, directeur fondateur de Solidarité Sida initiait la première édition d’un événement culturel et musical hors-normes où la musique servirait la solidarité: Solidays est né. 20 ans plus tard, le festival réunit les mêmes ingrédients de réussite, qualité de la programmation, ateliers et expositions, esprit de fête, Solidays remporte le pari du festival solidaire haut la main année après année et se place aujourd’hui à la tête des festivals incontournables d’Île-de-France.

Fédérer et mobiliser c’est « donner du sens à la fête et des couleurs à la solidarité » d’après le fondateur. « Solidays se révèle être un outil performant, de la sensibilisation à l’éveil des consciences, de l’engagement à l’éducation des jeunes, du soutien à la valorisation du tissu associatif, de l’emploi au développement durable, les satisfactions sont diverses » annonçait-il à la conférence de presse de lancement.  Ce week-end d’utilité et d’intérêt public arbore également avec fierté une première vente de billets à moindre coût (39 le pass 3 jours). Le prix est aussi bien un argument fort qui permet d’ouvrir les festivités à un public plus large, et ainsi permettre notamment aux jeunes d’accéder non seulement à un week-end de concerts mais aussi à la diversité des stands de sensibilisation à la lutte contre le sida.

 

En 1999, ce sont 52 000 festivaliers qui bravaient l’orage pour la première édition du festival. Aujourd’hui pour ses 20 ans, Solidays a réuni 212 000 festivaliers les 22, 23 et 24 juin dernier sous un soleil de plomb à l’Hippodrome Paris-Longchamps, pour trois jours intenses dont les maîtres-mots résonnaient fièrement: Apprendre, se battre, et se faire plaisir pour faire avancer le monde. Au cours de cette édition anniversaire, les têtes d’affiches et les découvertes se succèdent. Le véritable village qui a prit possession du terrain propose aux festivaliers divers ateliers de sensibilisation, des lieux d’expositions comme celui où le dessinateur ZEP a une nouvelle fois installé les planches de son exposition « Happy Sex », mais aussi des lieux de détente: un espace à narguilé sous des tentes berbères et les pieds dans le sable, une palmeraie et un greencorner pour se poser entre deux concerts. Côté restauration, on ne compte plus les innombrables foodtrucks, restaurants bios, Beer factory, bars à vin et même restaurants du monde, il y en a pour tous les goûts et les budgets.

 

Côté spectacle, ce sont 6 scènes qui parsèment le festival, de la plus grande à la plus petite, les ambiances changent d’un bout à l’autre. Les festivaliers voguent dans une atmosphère joyeuse, et peuvent même croiser par hasard les Sœurs de la perpétuelle indulgence, ces personnages pailletés et hauts en couleurs, qui lors des Solidays prêchent la bonne parole de la prévention des risques du Sida. Fier et bienveillant envers ses bénévoles, Solidays organise également un hommage pour eux, sur scène et à travers une exposition photo qui témoigne de l’engouement du projet porté par ces quelque 2400 personnes venues bénévolement donner de leur temps et de leur bonne humeur pour que perdure le festival. Au niveau du Social Club, lieu réservé à la parole, ont également été accueillis d’inspirants speakers comme Raphaël Glucksmann, Rania Mustafa Ali, Cédric Herrou ou Esther Duflo, qui ont partagé leur vision du monde lors de conférences ouvertes.

Côté musique, 80 concerts se sont déroulés du vendredi au dimanche, parvenant à réunir des artistes aussi divers que talentueux, du Rap de Nekfeu à la musique alternative de Requin Chagrin en passant par la pop française actuelle de Therapie Taxi au rock indé américano-britannique de The Kills, retour sur un panel d’artistes qui ont enflammé la scène à Solidays.

 

Vendredi, le public est au rendez-vous malgré la chaleur ardente et c’est Requin Chagrin, découverte exceptionnelle de Solidays qui ouvre le bal sur la scène du César Circus. Formation dream pop-rock dirigé par la guitariste et chanteuse Marion Brunetto aux influences de surf musique et de rock garage britannique des années 60, le quatuor sort son album aux textes enchanteurs et mélancoliques en 2015. Enivrant et captivant, la musique de Requin Chagrin, tantôt électrisante tantôt suave emporte les cœurs sous le chapiteau rouge et blanc. Tout le monde s’est pourtant déjà précipité devant la scène Paris où le public acclame un Nekfeu qui fait son apparition devant la foule impatiente. Un véritable show comme on le lui connaît bien, le rappeur attaché à la cause de Solidarité Sida livre sur scène une performance enflammée, rythmée par la ferveur des spectateurs ravis de le retrouver en live. Nekfeu demandera même un instant de pause pendant son concert pour être certain que tout le monde va bien côté spectateur et que personne n’est tombé pendant les mouvements de foule. Plus qu’en forme, le rappeur harangue la foule et lui rend bien sa folie, tellement en forme qu’il casse même un ordinateur dans la foulée, (à défaut d’avoir une guitare), avant d’inviter les membres du $-Crew pour entamer le titre Fausse note au milieu d’une fumée flamboyante.

 

Jain, Møme, Camille et Eddy de Pretto se succèdent en cette première journée et c’est le live de Bagarre qui retient l’attention du public venu exorciser son train-train quotidien. Bagarre, la meute estampillée « musique de club » composée de cinq membres qu’on a connu pour leur total look Adidas et leurs textes sans pincettes dans Claque-le ou encore Le Gouffre est venue retourner la scène Domino, et elle y réussi avec succès. Plein d’une énergie sans faille, le groupe qui laissait quelques doutes en écoute studio les balayent d’un coup de pied affirmé. On sort en sueur, bienheureux et en extase d’un tel groupe qui, sur scène, appelle le public à communier dans une sorte de transe bienveillante où le pogo devient libérateur. Un déchainement musical aux accents arabisants portés par une bande de fou furieux qui sait rendre son amour au public.

Samedi, le groupe rock poétique Feu!Chatterton séduit encore une fois pour leur 3e participation à Solidays,. Un spectacle de charme que les cinq musiciens mènent habilement au son de leur dernier album L’Oiseleur alors que le soleil se couche. Pause douceur puis claque sur la scène Paris, c’est Big Flo et Oli qui prennent ensuite le micro, et on peut dire que les deux jeunes rappeurs ont vu les choses en grand. Décors en carton-pâte et mise en scène bien huilée, les deux frères aux textes percutants créent même la surprise en invitant leur propre père, musicien, à monter sur scène pour un hommage poignant. Le duo maliens Amadou et Mariam, entre la cérémonie contre l’oubli et l’hommage au militant, n’est pas en reste. Bouffée d’oxygène solaire, le groupe rayonne et fait danser la foule comme lors des Dimanche à Bamako. De retour près de la scène Bagatelle, c’est un Roméo Elvis un poil fatigué qui débute son live. Le bruit court que le rappeur belge aurait un peu trop fait la fête la veille, et on le ressent dans sa performance. Néanmoins la qualité des textes et la présence du personnage nous le font un peu oublier. Après Her et Django Django au Dôme, c’est au tour de Shaka Ponk de ranimer les corps sur la grande scène. Costumes loufoques et mise en scène délirante, le groupe fidèle à lui-même transporte le public dans son univers électro-rock bien à lui, pour le plus grand bonheur des festivaliers déchainés. La folle soirée du samedi se termine par une note moins glorieuse, celle du retard inattendu du DJ David Guetta, tête d’affiche du festival. Le public est au rendez-vous à minuit précis pour ce dernier show sur la scène Paris et l’attente se fait longue quand divers présentateurs montent sur scène pour tenter de combler. On notera également la fausse bonne idée de diffuser un reportage de photographies de guerre juste avant l’arrivée du DJ qui se fera 45 minutes plus tard sous les huées et sifflets de l’assistance pour livrer un show vu et revu d’électro commercial made in 2010.

 

 

 

 

 

Dimanche enfin, le festival invite une flopée de groupes attendus pour clôturer cette 20e édition. Les deux artistes aux looks colorés de Polo & Pan proclament que l’été est bien là dans la chaleur du Dôme, tandis que L’Impératrice de l’autre côté du festival, impose son aura mystique. Les deux consœurs de la pop française, Juliette Armanet et Clara Luciani livrent quant à elles des moments à la fois intimes et électriques.

 

Sous la petite scène Domino, étrangement attribuée au groupe phare du moment Therapie Taxi, les places sont chères. Jeunes adultes s’adressant à leur génération, le groupe aux textes crus et évocateurs rassemble la jeunesse sous l’étendard universel des existences de fête, d’alcool et de passions amoureuses. Le chanteur, Raphaël prend même le devant de la chanteuse principale, Adélaïde, pour parler directement au public et raccourcir la distance entre le groupe et les spectateurs. Distance encore plus réduite quand dans la stupeur générale et les cris de l’assistance, le chanteur, pendant Bisous tendre, titre uniquement joué en live par le groupe, invite une festivalière sur scène et l’embrasse à pleine bouche dans une atmosphère sensuelle à son paroxysme.  Solidays convie enfin un invité de choix pour clore ce week-end d’intenses festivités, invité qui n’est autre que le groupe de rappeurs marseillais IAM qu’on ne présente plus, attendu par une foule gigantesque prête à tout donner pour ce show ultime.

 

 

Solidays, véritable caisse de résonance qui permet d’alerter, d’informer, et de lutter grâce aux fonds récoltés contre un fléau d’ordre international et qui touche toutes les générations, tout en proposant un événement culturel et musical de qualité, reste en 2018 un festival emblématique et précieux en France. Fort de son record de fréquentation lors de cette 20e édition, Solidays tient toutes ses promesses et nous donne d’ores et déjà rendez-vous l’année prochaine pour faire perdurer cet élan de solidarité unique.

Crédit photo: Virginie Michelle Rose et Camille Bialek

 

 

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