SUBODH GUPTA // Adda / Rendez-vous – LA MONNAIE DE PARIS

Adda (rendez-vous en hindi) c’est le rendez-vous que nous donne Subodh Gupta, artiste plasticien indien de la scène artistique contemporaine internationale. Pour sa première rétrospective en France, c’est l’invité de la Monnaie de Paris du 13 avril au 26 août 2018.

Subodh Gupta naît en 1964 au nord de l’Inde dans le village de Khagaul dans une famille modeste. D’abord peintre au « College of Arts and Crafts » de Patna, c’est dans les années 90 qu’il diversifiera ses propositions plastiques.

A l’entrée de l’exposition, l’œuvre People Tree (2018) ; un gigantesque banian (arbre originaire d’Inde et des pays frontaliers reconnaissable à sa taille démesurée et à ses racines pouvant couvrir un large périmètre) se dresse devant nous : la structure est composée d’une centaine d’ustensiles de cuisine en acier inoxydable sur laquelle se reflète les corps des spectateurs. Arbre dont la sève nourrit et soigne, arbre des dieux, arbre sous lequel on médite, cet arbre sacré à la symbolique forte dans l’hindouisme, pourrait être une allégorie du travail de l’artiste.

 

Lorsque nous entrons dans la première pièce un verre rempli d’eau posé sur un escabeau nous fait face, sûrement une invitation de la part de l’artiste à entrer dans son espace intime…

 

Fort attaché à la culture de son pays, Gupta accorde une place particulière aux objets du quotidien, ceux qui l’entourent depuis sa plus tendre enfance. Objets trouvés dans la rue, tige en acier, ustensiles de cuisine, mangues (en bronze), la profusion d’éléments qui se trouve naturellement dans ses œuvres se retrouve dans les rues indiennes : trains bondés, valises surchargées, foule dans les marchés… L’abondance devient un réel leitmotiv dans le travail de l’artiste. Le silence qui règne dans l’exposition se retrouve rattrapé par le vacarme suggéré par la surabondance des récipients et dont on retrouve le bruit dans Anahad (2016) par les vibrations de miroirs provoquées par des signaux sonores.

 

Le rapport qu’entretien Gupta à la nourriture dans son travail est largement mis en exergue que ce soit par des formes concrètes : la pâte à pain sur la table, les pommes de terre ou les mangues en bronze. Au travers de peintures dans In Vessel Lie the Seven Seas ; In It, Too, the Nine Hundred Thousand Stars (2016) : la déformation des ustensiles par la cuisson est semblable à « un corps céleste ». Dans Sister (2005) la vidéo d’un repas est projetée sur une table sous laquelle une pile de récipients vides apparaît, dans Faith Matters (2007-2008) c’est un dispositif mécanique sur lequel tourne tout un tas de vaisselle.

Le contraste entre l’accumulation de la multiplicité de ces objets et l’absence de quelconque nourriture témoigne de la situation précaire face à laquelle beaucoup d’indiens sont confrontés.

Dans There is Always Cinema (2008), Subodh Gupta donne également de la valeur aux objets en apparence triviaux, comme des toilettes, des projecteurs, des bobines de cinéma (objets dénichés après la Seconde Guerre Mondiale dans un cinéma), mais dont la mémoire dont ils sont emplis est mise en évidence par des copies en bronze. Cette transformation de matière est d’ailleurs aussi remarquable d’une autre manière sur les mangues, les pommes de terre en bronze et le banian : l’artiste fige l’organique et rend l’éphémère pérenne.

 

De plus, la question du voyage et du déplacement dans ses œuvres évoque la migration, la mondialisation ou encore le voyage spirituel représenté par exemple dans l’oeuvre Jal Mein Kumbh, Kumbh Mein Jal Hai (2012) [L’eau est dans le pot et le pot est dans l’eau] dont la barque en est le symbole. L’absence traduit d’une présence par les pots dans la barque qui représentent le corps humain.

 

L’exposition s’achève pratiquement sur l’œuvre Adda (trois colonnes pouvant rappeler celles de temples) et dont la signification du mot désigne un lieu de rendez-vous, de rencontres et de débat en Inde, une invitation à échanger et finir l’exposition en beauté…

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