Maryline : Sur les planches comme dans la vie

Maryline est une jeune femme blonde. Elle a vingt ans, est un peu naïve. Maryline vient de la campagne. Maryline a un (léger) penchant pour l’alcool. Mais surtout, comme celle dont le prénom a inspiré ses parents, Maryline a ce truc, que les autres n’ont pas. Cette présence, ce regard magnétique, cette aura qui fascine les hommes et la prédestine à être actrice.

 

Après Les Garçons et Guillaume, à table, Guillaume Gallienne revient avec un film dans la veine du précédent, renouant avec ses obsessions pour le monde du théâtre, celui du cinéma et ce qui les unit. Maryline évoque donc le destin de l’arrivée à Paris depuis la province et l’entrée dans le « monde » du personnage éponyme (interprété par Adeline d’Hermy) avec son lot d’espoir, d’illusions et de désillusions. Un thème vu et revu que Gallienne parvient à revisiter avec ses armes de la Comédie Française. Il place tout d’abord l’intrigue dans un temps un peu flou au sein duquel se mêlent panneaux de signalisation d’aujourd’hui et voitures sorties des années 60, tout comme les architectures d’intérieur très ternes, utilitaires et les costumes des personnages. Mais les films fabriqués à l’intérieur de Maryline sont tournés en pellicule, ce qui nous confirme son appartenance à un autre temps. Notons d’ailleurs le travail remarquable de décors et costumes qui donne vraiment corps à cette époque.

 

La construction du film est vraiment typique du réalisateur et rappelle énormément celle de son dernier film. Gallienne valse avec les temporalités et les espaces. Par un subtil jeu d’ellipses, nous nous retrouvons perdus entre la scène de théâtre et la vie, à ne plus savoir si l’on voit Maryline ou les personnages qu’elle incarne. On se sent malicieusement trompé et à la fois le film met en avant l’idée que la vie est un grand théâtre dans lequel on joue en permanence, avec nous-même, avec les autres. Et même si la mise en scène assume sa théâtralité et si les personnages sont assez archétypaux, Gallienne ne tombe pas dans l’écueil d’un monde gentillet. Il esquisse une réflexion sur l’univers du cinéma. D’une part il met le doigt sur la toute-puissance du metteur en scène, qui n’hésite pas à humilier ses actrices pour arriver à ses fins comme le montre une séquence du début du film, lors d’un tournage d’un film d’époque. Gallienne s’attache d’autre part à montrer les différentes facettes du métier d’acteur et de la vie en général, des difficultés à trouver du travail aux réceptions qui accompagnent la sortie des films, en passant par les tournages rendus difficiles par l’apparition de quelques boutons sur un visage, la peur de décevoir ou la colère qui monte en silence. Et puis il y a l’addiction, qui use le corps jusqu’à la perte de sa substance, dont il est difficile de sortir.

 

Certes il faut accepter d’entrer dans l’univers de Guillaume Gallienne, avec son lot de grandiloquence et de préciosité, mais quand on y est, on est bien au chaud près des cheveux blonds d’Adeline d’Hermy,pas toujours dans le confort, mais accroché à la vie jusqu’à la moelle, comme Maryline s’accroche à une table secouée lors d’un casting au début du film.

 

Corentin

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