The Favourite, une déclaration provocante à l’heure ou le « basé sur une histoire vraie » est roi.

« Some of the things in the film are accurate and a lot aren’t » serait un brillant sous titre pour la plupart des drames historiques ( généralement avec Keira Knightley au casting) qui sortent à intervalles réguliers dans votre cinéma le plus proche. Je ressors généralement de la salle en étant convaincue d’avoir désormais l’autorité morale et intellectuelle pour me positionner en soirée sur un épisode historique (ça me fait ça aussi pour les documentaire Netflix ), une autorité qui généralement ne résiste pas à une recherche approfondie.

 C’est pourtant Yorgos Lanthimos lui même qui a prononcé cette phrase à propos de son nouveau film, The Favourite, une déclaration provocante à l’heure ou le « basé sur une histoire vraie » est roi. L’avant dernier film de Lanthimos , The Lobster (celui que tout le monde fait semblant d’avoir vu) jouait principalement sur l’absurde, The Favourite se positionne lui comme une satire. 

Certains faits sur lesquels se base l’histoire sont vrais : en 1708, la reine Anne (Olivia Colman – Doris dans Hot Fuzz)) et l’Angleterre sont en guerre avec la France, et Sarah Churchill (Rachel Weisz – la mère dans Lovely Bones entre autre), favorite de la cour, conseille, influence et dirige Anne. Lorsque le film commence, le principal ennemi de Sarah est Robert Harley ((Nicholas Hoult – Tony de Skins pour situer), membre du Parlement qui milite contre la levée de nouveaux impôts pour soutenir l’effort d’une guerre qui pourrait prendre fin tout de suite.

 Le reste s’éloignera progressivement de la vérité historique, mais ce n’est pas là que réside l’intérêt du film de toutes façons. Abigail Hill (Emma Stone, la seule actrice américaine du casting), une lointaine parente déchue de Sarah (une sombre histoire de vente de sa virginité à un joueur de cartes allemand  par son père ruiné) arrive à la cour dans l’espoir d’y trouver un travail par sa relation avec les Churchill. 

Après les 10 premières minutes du film, je suis assez arrogante pour penser que j’ai déjà cerné et compris les personnages principaux : Rachel est une femme puissante et dominatrice qui contrôle la reine et fait peser l’effort de guerre sur les pauvres pour son propre prestige et celui de son mari ; la reine Anne, malade, est l’idiot du village attachant qui se fait manipuler par tout le monde et qui ne comprend pas ce qui se passe autour d’elle ; Abigail est une ingénue qui va remplacer Sarah dans le cœur de la reine avec sa douceur et son absence de calculs égoïstes, et Robert est l’opposant moral qui ne se préoccupe que du soulagement financier du peuple. 

 

C’était oublier le fait que je ne suis définitivement pas les frères Cohen et que l’histoire et les personnages sont bien plus complexes. A chaque nouvelle scène, les personnages et leurs réactions se révèlent bien plus multidimensionnelles que ce à quoi les films historiques m’avait habitué. Anne est influençable mais aussi capable de stratégie et revanche et elle est parfaitement consciente de comment elle est perçue. Sarah est tyrannique avec Anne, mais ses sentiments à son égard ne sont pas que ceux d’une intrigante.

Les relations entre femmes sont explorées d’une façon intelligente qui s’éloigne des rôles clichés. Les personnages sont humains, décevants, pitoyables, attachants , rarement admirables et ils ont toujours des raisons complexes de faire ce qu’ils font.

Les scènes de sexe aussi interpellent : j’ai souvent l’impression que les scènes intimes dans un film existent , lorsqu’elles sont avec un homme, pour avancer l’histoire et montrer l’attachement et la passion des personnages, et lorsqu’elles sont lesbiennes, pour exciter un public masculin. 

Dans The Favourite, les scènes entre femmes sont pudiques quant à l’exposition des corps mais très riches dans l’exploration des états d’esprits des participantes. Au contraire, l’unique scène de sexe hétérosexuel est traitée de façon plus vulgaire et moins intimiste, et l’excitation du personnage masculin est la seule qui est présente.

La photographie du film est impeccable du début à la fin, le rythme est soutenu tout du long et les dialogues donnent envie de prendre des notes pour ressortir quelques punchlines en anglais élisabéthain en soirée. Le tout donne parfois l’impression de manquer d’un fil conducteur solide, l’intrigue de la guerre avec la France apparaît parfois comme un prétexte avec plus ou moins de substance au développement des personnages mais le casting est parfait, surtout la performance d’Olivia Colman. J’aurais moi aussi voté pour son oscar de la meilleure actrice si l’Academy of Motion Pictures Art and Sciences m’avait demandé mon avis (ils ne l’ont pas fait).

Au delà des performances d’acteurs, c’est cette vérité universelle prononcée par Sarah à Anne que je retiendrai du film : « tu ressembles à un blaireau avec ton fard à paupière. » 

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