Voyage au pays des courts #2 – [Review] Festival du film court de Grenoble

Même si internet regorge aujourd’hui de plateformes permettant de voir des courts-métrages, de nombreux festivals partout en France font vivre ces films sur grand écran. Du 3 au 7 Juillet dernier avait lieu à Grenoble le festival du film court en plein air, qui anime le centre-ville depuis 40 ans. L’occasion de parler de quelques coups de cœur et revenir sur ce mode de diffusion de courts-métrages bien particulier.

 

Entre quarts de finale de coupe du monde et salles obscures, mon choix a été rapide, n’en déplaise aux amateurs de ballon rond. J’ai donc évité les bars pour le calme du cinéma. Ce qu’il y a de bien dans des petits festivals comme ça, c’est que les spectateurs sont généralement aussi nombreux que les réalisateurs venus présenter leur film. Les occasions de discuter sont multiples et les rencontres étonnantes, des visages qui nous disent quelque chose sans parvenir à remettre un nom dessus aux noms qui nous ont fait rêver et sur lesquels on met enfin un visage.

Dans ce genre d’événement, on peut voir des films de midi à minuit (voire 7h du matin en cas de nuit blanche de projection), entrer dans une salle et en sortir un peu comme on veut, dormir pendant un court-métrage qui nous ennuie et pleurer à chaudes larmes au cours du suivant. Les films sont généralement réunis en programmes de six à huit titres pour des séances qui avoisinent les deux heures. Avec pas moins de 70 courts-métrages répartis dans trois catégories compétitives (sans compter les hors-compétitions, cartes blanches et autres programmations…), il y  a de quoi se faire plaisir, d’autant qu’à Grenoble, toutes les séances sont gratuites ou à 1€ (non, je ne suis pas sponsorisé par le festival) !

 

Quelques coups de cœur

Cartes sur table est un documentaire réalisé par Simon Pochet. Le cinéaste est allé à la rencontre d’habitants de la porte de Clignancourt dans le nord de Paris (18ème arrondissement) et leur a demandé de dessiner leur quartier(inspiration venue d’un autre court-métrage documentaire : Espace, d’Eléonore Gilbert). Tandis que nous voyons quelques mains se saisir de crayons, feutres, pinceaux, la voix des habitants dresse le portrait de leur ville. Celle-ci se dessine devant nos yeux et par nos oreilles. Ou devrais-je dire « des » villes, puisque chaque témoignage nous montre une autre perception des mêmes lieux. Et quelque part raconter sa ville c’est se raconter, raconter comment on vit à travers elle, avec nos peurs, nos joies, nos dégoûts, nos sourires. Simon Pochet parvient à ouvrir la ville de manière très poétique, la faisant passer du papier sur l’écran à des paysages dans nos têtes. Ce court-métrage a reçu le prix d’aide à la création.

Cartes sur table – Source : Cinémathèque de Grenoble

 

Ato San Nen – Source : CNC/Easy Tiger

Ato San Nen est une comédie racontant l’arrivée d’un japonais, Hiroshi, dans une petite bourgade espagnole. Il souhaite rendre visite à un prétendu ami, mais tombe sur la mère de celui-ci, Marisa. A la fois touchant et drôle, ce court-métrage a su séduire puisqu’il a reçu le prix du public et le prix du scénario. Mérité tant l’incongruité de l’histoire tient de bout en bout, notamment grâce à une très bonne interprétation et un comique de situation réussi : l’espagnol et le japonais ne font en effet pas très bon ménage. Pour l’anecdote, il a été tourné en région Pays de Loire avec une équipe presque exclusivement française !

 

 

Dans un tout autre registre, Les Couleurs de Camille de Lana Cheramy nous emporte à la fin du XIXème siècle, lors du décès de Camille Doncieux, épouse de Claude Monet. Celui-ci la peint une dernière fois. Très silencieux, le film suit le regard et le pinceau du peintre dans une lenteur qui ne laisse échapper sa peine. Un tableau comme un dernier hommage, comme le refuge de la douleur. La mise en scène est empreinte d’une grande solennité, en écho à la cérémonie funèbre qui se joue. La lumière et le décor travaillés minutieusement lui donnent une dimension picturale fantastique, qui tend parfois vers la nature morte. Les premiers plans viennent en contre-point de l’immobilité mortuaire qui s’ensuit : Camille Doncieux et son fils tentent tant bien que mal de poser pour le peintre dans un champ. Le vent qui n’en finit pas de souffler donne de la vie aux personnages dont les chapeaux s’envolent, comme une dernière bouffée d’air contrainte.

Les Couleurs de Camille – Source : Collectif COMET

Le programme et le palmarès du festival sont disponibles sur le site de la cinémathèque de Grenoble. Et n’oubliez pas que le film court en plein air revient l’an prochain sur les bords de l’Isère.

Corentin

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